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AU CŒUR DES SERVICES SECRETS FRANÇAIS


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 13/2021 vom 27.10.2021

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Avec au moins 20 stations sur plusieurs continents, qui les « grandes oreilles » françaises écoutent-elles ?

Oubliez James Bond, Ethan Hunt ou Nikita. Les espions et espionnes, les vrais, sont des personnes discrètes. La plupart travaillent derrière un ordinateur. Récolter des informations, les analyser et les exploiter : voilà le quotidien des services secrets français. Certains agents vont fouiller la presse écrite, la radio, la télévision, les réseaux sociaux, les sites Internet, les blogs... Tandis que d’autres vont analyser des cartes satellite, déchiffrer des conversations téléphoniques et des e-mails.

Le Dupuy-de-Lôme, un navire espion de la DRM (encadré p. 19), est équipé de systèmes électroniques ultrasophistiqués pour intercepter les communications radio et téléphoniques. Mais le cœur des services secrets français, c’est le renseignement humain. Une personne, « la source », va fournir à « l’officier traitant » des informations précieuses. Les motivations d’une source sont variées : convictions ...

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... personnelles ou politiques, argent, déception professionnelle, recherche d’émotions fortes...

Dans Espionnes, un livre qui recueille les témoignages d’agentes secrètes, la colonelle Nathalie (nom d’emprunt) raconte sa mission d’officier traitant à la DGSE (encadré p. 19) : « À chaque fois, j’essaie de comprendre les motivations et les aspirations de la personne que j’ai en face de moi. Une source est une personne qui va trahir son pays pour quelque chose que vous allez lui apporter : de l’argent, une vie plus facile, la possibilité de soigner son enfant malade ou pour assouvir un intérêt personnel, comme s’acheter une belle voiture. Même l’être humain le plus vil a ses motivations propres. Mon job est de les cerner si je veux soutirer des renseignements à la source. »

Les services secrets chinois, russes et pakistanais utilisent parfois le sexe ou le chantage pour obtenir de leurs sources des informations. De nombreux ex-agents de la DGSE assurent que ces méthodes ne sont pas utilisées par les services secrets français : le chantage ne garantit pas la qualité de l’information obtenue. Et avec le sexe, on ne sait jamais qui manipule qui…

LES « CLANDESTINS »

Parfois, pour établir le contact avec une source ou pour remplir une mission précise, les hommes et les femmes des services secrets français doivent agir sous couverture. On les surnomme « les clandestins ». Cette fausse identité est appelée « une légende ». Un pays d’Asie était suspecté de développer des armes chimiques ? La colonelle Nathalie a été envoyée là-bas pour ramasser des échantillons de cailloux et les rapporter à Paris pour faire des analyses. Elle a dû se créer une légende : « Je suis devenue une créatrice de bijoux. Pour être crédible, une identité fictive doit avoir une part de vérité. C’est facile, j’adore les bijoux ! » Grâce à sa légende, elle a pu traverser la frontière avec ses valises remplies de cailloux, sans attirer l’attention des douaniers.

Une nouvelle identité ne se fabrique pas en quelques jours. « On peut se créer une légende en une semaine, mais elle ne tiendra pas la route. Monter une bonne légende, ça prend un an », explique l’ex-agent de la DGSE Olivier Mas (nom d’emprunt) au journal 20 Minutes.

Contrairement à ce qu’on pense, l’espion à l’étranger ne reste pas seul dans son coin : « La clé, c’est de développer des amitiés, de tisser des liens avec des gens qui vous appellent par votre faux nom. En faisant ça, ils vous aident à être à l’aise. Et ça se fait de manière naturelle. Cela permet aussi de créer de vrais souvenirs avec cette identité. » Les missions « sous légende » durent quelques mois. Rarement plus. Au-delà, c’est trop difficile psychologiquement. Olivier Mas explique : « Quand on est en mission, on s’interdit de garder contact avec sa famille. On a un système chiffré qui permet d’envoyer des messages, mais qui passe par l’intermédiaire d’un agent qui lit nos lettres. Il n’y a donc aucune intimité. On écrit des banalités. C’est dur. On ne peut pas faire ça trop longtemps sans se fatiguer, sans s’abîmer. »

LE CLAVIER PLUTÔT QUE LE PISTOLET

N’imaginez pas que le quotidien d’un « clandestin » est de poser des micros dans une chambre d’hôtel, de faire des filatures ou de traverser les frontières avec des documents secrets cachés dans ses bagages.

DGSE, DGSI, DRM… QUI FAIT QUOI ?

L’ensemble des services secrets français est appelé la « communauté française du renseignement ». Celleci regroupe environ 15 500 agents et se compose de six services aux compétences différentes.

• Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : sa mission est la recherche d’informations à l’étranger, par tous les moyens, pour défendre les intérêts de la France.

La DGSE dépend de l’armée.

• Direction du renseignement militaire (DRM) : créée au lendemain de la guerre du Golfe, en 1992, la DRM fournit à l’armée française des renseignements pour ses opérations militaires.

• Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) : c’est le contre-espionnage militaire.

La DRSD recherche toutes les menaces contre les membres des services secrets à l’étranger. De plus, elle protège le patrimoine économique et scientifique de défense français à l’intérieur et à l’extérieur de l’Hexagone.

• Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) : ce service, rattaché au ministère de l’Intérieur, lutte contre le terrorisme, le cyberterrorisme, la cybercriminalité, et contre les espions étrangers qui veulent attaquer les intérêts de la France à l’intérieur de ses frontières.

• Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) : ces « super-douaniers » enquêtent sur les gros trafics (armes, drogues, tabac, contrefaçons) qui servent parfois à financer le terrorisme.

• Traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin) : ce service d’enquête, qui dépend du ministère de l’Économie et des Finances, lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent.

Cela arrive, mais les journées sont moins folles que dans les films d’espionnage. « Je ne me suis jamais autant ennuyé que lorsque j’étais clandestin. Il ya des moments très forts mais, le temps que ça marche, on attend parfois longtemps », se souvient Olivier Mas. En réalité, le clandestin passe beaucoup de temps sur son clavier d’ordinateur : « Un espion doit écrire tout ce qu’il fait et tout ce qu’il a l’intention de faire. En permanence. Il écrit sur la manipulation de la source qu’il traite, sur ce qu’il apprend d’elle, sur sa vie, sur ses relations sociales, en plus des renseignements qu’il obtient. » Ces informations sont envoyées à la Centrale, le siège de la DGSE à Paris, qui vérifie si tout se passe bien. Parfois, l’agent sur le terrain manque de recul. La Centrale est là pour prendre les bonnes décisions. Dans la série Le Bureau des légendes (encadré p. 23), les agents français sous couverture sont au nombre de huit. En réalité, ils seraient entre 100 et 200. De plus, la DGSE peut compter sur les « honorables correspondants » : des Françaises et Français qui rendent de temps en temps des services gratuitement, pour le compte de la DGSE. Ils sont par exemple pilotes de ligne, professeurs, hôtesses de l’air, cadres dans une grande entreprise ou simples étudiants.

ASSASSINATS CIBLÉS

« Le renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des autres », a déclaré le général Philippe Rondot, qui a travaillé pendant longtemps à la DGSE. Les services secrets ont une longue tradition d’assassinats ciblés. Ce sont les « opérations homo ». Homo pour homicide. Seul le président de la République a le droit d’ordonner ce type d’opération. En 2013, le président François Hollande brise un tabou en revendiquant, lors d’une interview, au moins quatre assassinats ciblés de chefs djihadistes. Ces « opérations homo » sont menées par le Service Action de la DGSE : des hommes très entraînés et capables d’agir clandestinement à l’étranger. L’assassinat ciblé fait débat, même dans l’armée.

Dans le livre Histoire secrète de la DGSE de Jean Guisnel, un général exprime son désaccord : « La France n’est pas Israël.

On n’y applique pas la loi du talion. Chez nous, la peine de mort n’existe pas. Et nous, les militaires, ne sommes pas les bourreaux de la République. Nous devrions remplacer dans notre vocabulaire le mot ”neutraliser” par ”capturer”. S’il se bat les armes à la main, c’est une affaire différente. Mais on ne tire pas dans le dos d’un homme endormi. »

LA MENACE TERRORISTE

En France, les nationalistes basques et corses, l’extrême gauche ainsi que l’extrême droite sont attentivement surveillés. Mais depuis les attentats contre une école juive à Toulouse en 2012, puis les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan en 2015, l’islamisme radical occupe la majeure partie du travail des services secrets. Les effectifs ont été multipliés par deux pour faire face à la menace terroriste. La DGSI (encadré p. 19) essaye de suivre plus de 2 000 personnes suspectées de radicalisation religieuse. Les espions de la DGSI posent des balises, des micros et des caméras cachées. Ils font des filatures à pied, en voiture ou à moto. Ils infiltrent les mosquées. Certains font semblant de se radicaliser pour tenter de remonter les filières djihadistes. C’est un jeu dangereux : « Quand tu entres dans une mosquée à cinq heures du matin pour la première prière, qu’il ya trente mecs qui te regardent et ne te connaissent pas, tu as la boule au ventre », confie un agent de la DGSI dans Les Guerres de l’ombre de la DGSI. « Pour infiltrer les mouvements terroristes, il faut une bonne dose de courage et de folie, avec un subtil équilibre entre les deux », confirme Alice (nom d’emprunt), psychologue pour agents secrets, dans Espionnes. Toutefois, l’islamisme n’est pas la seule menace. Ces dernières années, la Russie et la Chine ont commis plusieurs cyberattaques contre la France. Récemment, un membre de l’ambassade russe à Paris a été chassé de France par les services secrets : il avait tenté de récupérer des informations confidentielles auprès d’un employé du ministère des Affaires étrangères. Si les États-Unis ou Israël sont considérés comme des pays amis, la DGSI sait bien que la CIA et le Mossad espionnent la France.

Mehr dazu finden Sie auf Écoute-Audio: www.ecoute.de/ecoute-audio und in Écoute-Plus: www.ecoute.de/ ecoute-plus

RÉUSSITES ET FIASCOS

L’histoire est injuste : les succès des services secrets français sont rarement connus, tandis que les échecs sont très médiatisés. Parlons d’abord des succès. Chaque attentat déjoué en France, même si la population ne le sait pas, est une réussite. Grâce à la DGSE, un homme est arrêté en mars 2016 avec 13 armes à feu et des explosifs. Il s’apprêtait à commettre un attentat. Il a été condamné à 24 ans de prison. Chaque libération d’otages français à travers le monde est permise grâce au travail de la DGSE. C’est encore la Centrale qui, avec l’aide de la DRM, a fait l’inventaire des armes chimiques de Bachar Al-Assad en Syrie.

Mais les échecs demeurent célèbres. En juillet 2009, deux agents de la DGSE sont capturés le soir de leur arrivée à Mogadiscio en Somalie. Le premier réussit à s’échapper au bout de quarante jours. Le second reste prisonnier pendant trois ans. Il est tué, ainsi qu’un soldat français, lorsque l’armée française tente de le libérer. Et chaque attentat dans l’Hexagone est vécu comme un échec des services secrets.

Crises sanitaires, réchauffement climatique, terrorisme, guerres économiques, montée en puissance de la Chine… Le monde est de plus en plus conflictuel. Les prochaines guerres se feront sur Internet. Les intelligences artificielles et le Big Data seront les prochaines armes. D’ailleurs, la Centrale souhaite actuellement recruter des geeks plutôt que des Rambo. Quels que soient les moyens techniques et technologiques des services secrets français, le renseignement humain sera toujours la clé du succès : en 2019, 58 attentats sur 59 ont été déjoués sur le territoire français grâce aux « sources » et aux « officiers traitants ». Une preuve que, même si le monde évolue à grande vitesse, les vieilles techniques de renseignement resteront toujours les meilleures.

LA SÉRIE TÉLÉ QUI MET EN SCÈNE LES SERVICES SECRETS

Pendant cinq saisons, Le Bureau des légendes (Das Büro der Legenden) suit Guillaume Debailly (Mathieu Kassovitz), dit « Malotru », un agent secret français. Il doit jouer double jeu pour sauver son amoureuse, la Syrienne Nadia El-Mansour (Zineb Triki). La série a pour décor un service de la DGSE baptisé « le bureau des légendes » et qui s’occupe des « clandestins » : des agents secrets français sur le terrain et qui vivent sous « légende », c’est-à-dire sous une nouvelle identité. Grâce à ses personnages très travaillés et ses histoires crédibles, Le Bureau des légendes est rapidement devenu l’une des meilleures séries télé françaises. Au début, la DGSE a accueilli froidement ce projet. Mais le sérieux d’Éric Rochant, créateur de la série, a convaincu la DGSE. Celle-ci a donné son autorisation pour que la série utilise le logo officiel du service. Éric Rochant a même pu filmer quelques plans du siège de la DGSE.

Le Bureau des légendes est réputé pour raconter de façon très réaliste le quotidien des services secrets français. Naturellement, quelques libertés sont prises avec la réalité. La création d’Éric Rochant n’est pas un documentaire. Cependant, quand les proches (épouses, époux, parents) des agents secrets demandent à quoi ressemble leur travail, ils répondent désormais : « Regardez Le Bureau des légendes ! » Les cinq saisons de cette série ont également offert un super coup de pub à la DGSE. De 2016 à 2017, les candidatures ont augmenté de 60 %. La série a même réconcilié les Français avec les services secrets : en 2020, 94 % d’entre eux déclarent « faire confiance » aux services de renseignement, contre 69 % en 2012. Et, pour finir, une bonne nouvelle pour les fans : une sixième saison serait en préparation !