Weiterlesen mit NEWS. Jetzt testen.
Lesezeit ca. 5 Min.

Des relations tumultueuses


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 9/2021 vom 28.07.2021

FRANCE – TURQUIE

Artikelbild für den Artikel "Des relations tumultueuses" aus der Ausgabe 9/2021 von Écoute. Dieses epaper sofort kaufen oder online lesen mit der Zeitschriften-Flatrate United Kiosk NEWS.

DIFFICILE

Ce ne fut pas une grande déclaration d’amour, mais le ton se voulait chaleureux, ce 2 mars 2021, durant la visioconférence entre les présidents turc et français. Recep Tayyip Erdogan a vanté une « amitié » entre son pays et la France, remontant aux règnes du roi François I er et du sultan Soliman le Magnifique. Une « amitié » qui, a-t-il rappelé, « avait surmonté nombre d’obstacles ». Une évocation à peine voilée des affrontements récents qui ont eu lieu entre lui et son homologue français. Depuis deux ans, leur relation est en effet rythmée par une inquiétante série d’incidents diplomatiques.

Le premier a eu lieu en mai 2019, lorsque des navires turcs mènent des recherches d’hydrocarbures dans les eaux territoriales de Grèce. Jugées illégales par l’Union européenne, ces recherches sont contrées par la France, qui envoie sur place deux avions de chasse et deux navires de ...

Weiterlesen
epaper-Einzelheft 8,99€
NEWS 30 Tage gratis testen
Bereits gekauft?Anmelden & Lesen
Leseprobe: Abdruck mit freundlicher Genehmigung von Écoute. Alle Rechte vorbehalten.
Lesen Sie jetzt diesen Artikel und viele weitere spannende Reportagen, Interviews, Hintergrundberichte, Kommentare und mehr aus über 1000 Magazinen und Zeitungen. Mit der Zeitschriften-Flatrate NEWS von United Kiosk können Sie nicht nur in den aktuellen Ausgaben, sondern auch in Sonderheften und im umfassenden Archiv der Titel stöbern und nach Ihren Themen und Interessensgebieten suchen. Neben der großen Auswahl und dem einfachen Zugriff auf das aktuelle Wissen der Welt profitieren Sie unter anderem von diesen fünf Vorteilen:

  • Schwerpunkt auf deutschsprachige Magazine
  • Papier sparen & Umwelt schonen
  • Nur bei uns: Leselisten (wie Playlists)
  • Zertifizierte Sicherheit
  • Freundlicher Service
Erfahren Sie hier mehr über United Kiosk NEWS.

Mehr aus dieser Ausgabe

Titelbild der Ausgabe 9/2021 von Rien ne va plus !. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
Rien ne va plus !
Titelbild der Ausgabe 9/2021 von ELLE FAIT PARLER LES MORTS. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
ELLE FAIT PARLER LES MORTS
Titelbild der Ausgabe 9/2021 von DU RIRE À L’ART !. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
DU RIRE À L’ART !
Titelbild der Ausgabe 9/2021 von Toulouse la vie en rose. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
Toulouse la vie en rose
Titelbild der Ausgabe 9/2021 von Enf in les vacances !. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
Enf in les vacances !
Titelbild der Ausgabe 9/2021 von Le 1 er Tour de France, une course de folie. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
Le 1 er Tour de France, une course de folie
Vorheriger Artikel
Le 1 er Tour de France, une course de folie
aus dieser Ausgabe
Nächster Artikel Photographe amoureux de Paris
aus dieser Ausgabe

... guerre. Le président turc accuse alors la France de jouer au « caïd ».

La tension monte

Le 10 juin 2020, la frégate française Courbet, lors d’une mission de l’OTAN en Méditerranée, est visée par les radars de tir d’une frégate turque. Cette dernière escorte un cargo soupçonné de transporter des armes vers la Libye. Emmanuel Macron accuse alors Ankara de porter une « responsabilité historique et criminelle » dans le conflit libyen. Ajoutant que « le peuple turc, qui est un grand peuple, mérite autre chose ». Autre chose qu’Erdogan...

En octobre 2020, la tension monte d’un cran. Le dirigeant turc s’interroge alors sur la « santé mentale » de son homologue, appelant à boycotter les produits français. Il accuse cette fois le président Macron de mener une « campagne de haine » contre l’islam. Il lui reproche d’avoir défendu le droit de caricaturer le prophète Mahomet. « Macron est un problème pour la France », déclare-t-il le 4 décembre 2020. Le président français répond que « l’invective entre dirigeants politiques n’est pas la bonne méthode », oubliant qu’il avait aussi alimenté cette escalade verbale.

Duel verbal

À la mi-décembre 2020, le dirigeant turc finit par prendre la menace de sanctions européenne plus au sérieux. Le ton change. Ses déclarations se veulent plus apaisantes. Le 19 décembre, il commence par un « Cher Emmanuel » le courrier qu’il adresse à son homologue, lui souhaitant un « prompt rétablissement » – Macron était alors atteint de la Covid-19. « Degerli (« cher », en turc) Tayyip, parlons-nous ! », répond alors le président français. Rendez-vous est pris le 2 mars 2021 pour une visioconférence. Durant l’entretien, le président turc dit vouloir coopérer avec la France pour la paix en Europe et au Proche-Orient. « La collaboration entre Ankara et Paris a un grand potentiel », ajoute-t-il. Entre les deux hommes, le cessez-le-feu verbal a sonné. Officiellement, du moins... Car sur le terrain, des désaccords profonds subsistent. De quelle nature sont-ils ? Et quel sens faut-il donner à ce duel verbal entre ces deux dirigeants depuis deux ans ? Voici quelques éclaircissements avec l’interview de l’experte Dorothée Schmid.

Entretien

Dorothée Schmid, chercheuse et responsable du programme Turquie contemporaine, de l’Ifri (Institut français des Relations internationales)

Comment expliquez-vous cette subite réconciliation entre les deux présidents ?

La menace de sanctions européenne est devenue plus sérieuse, et la Turquie ne peut se payer le luxe d’une crise prolongée avec la France, un membre influent de l’Union européenne. De plus, l’économie turque va mal. Elle a besoin des investisseurs européens.

Les industriels français y sont d’ailleurs très présents, notamment dans l’automobile et le textile. Or, les tensions politiques ne favorisent pas le climat des affaires. Du côté de la France, la reprise du dialogue était nécessaire. Elle est la seule puissance militaire active en Europe. Elle ne veut pas se retrouver seule à affronter la Turquie dont l’armement est de plus en plus perfectionné.

La Turquie est, par ailleurs, un partenaire important de la France au sein de l’OTAN. Les deux pays coopèrent dans plusieurs domaines comme, par exemple, la lutte contre l’immigration illégale et le rapatriement des djihadistes français de Syrie. Mais reprendre le dialogue, ça n’est pas se réconcilier.

Il n’est pas exclu qu’une crise éclate de nouveau entre les deux présidents.

Quelles en seraient les raisons ?

Il faut avoir en tête que le gouvernement turc actuel est une coalition de sensibilité islamo-nationaliste. Erdogan mène une politique de la tension, de la provocation, pour flatter son électorat. Il a intérêt à surjouer le rapport de force avec l’Europe. Aujourd’hui, il le fait avec la France, comme il a pu le faire hier avec d’autres pays européens.

Les tensions avec la France ne datent pas d’aujourd’hui…

Elles remontent à 2007, quand le président Nicolas Sarkozy s’est opposé à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Elles se sont encore dégradées en 2016. Le président Erdogan s’était alors mis à réprimer la société civile.

Des journalistes et des universitaires ont été jetés en prison pour avoir exprimé leur opinion. En juillet 2017, un journaliste français, Loup Bureau, avait été détenu pendant 52 jours. Puis, en mai 2019, des affrontements ont éclaté entre les deux pays en Méditerranée orientale. L’autre sujet d’inquiétude de la France, c’est l’influence grandissante de la Turquie en Afrique, dans ses anciennes colonies, qui reste pour elle sa zone traditionnelle d’influence. En Afrique du Nord, en particulier, le président turc jouit d’une certaine popularité, surtout depuis qu’il s’affirme comme le défenseur des musulmans du monde entier. Une posture qui lui permet d’élargir son influence jusque dans les communautés turques et musulmanes d’Europe.

Cela explique-t-il sa réaction virulente lorsque des caricatures de Mahomet ont été projetées sur des bâtiments publics en France ?

Oui. Ces caricatures ont été perçues comme des attaques contre l’islam.

Erdogan a donc vivement protesté contre, en visant une fois de plus Emmanuel Macron qui avait défendu, lui, le droit à la caricature. Après le choc du meurtre de Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie assassiné au nom de l’islam, Macron a tenté de rassurer les Français. Il a réaffirmé le principe de liberté d’expression et consolidé un projet de « loi contre le séparatisme ».

Une loi qui, là encore, a provoqué la colère d’Erdogan.

Mais cette loi vise l’islam radical, pas la Turquie…

Oui, c’est vrai. Mais elle entend aussi casser les influences étrangères sur l’islam de France, dont celle de la Turquie, qui est grande. Ce projet de loi met fin, par exemple, à l’accueil en France d’« imams détachés », envoyés par d’autres pays. Or, sur les 300 imams de France, près de 150 viennent de Turquie. C’est considérable. Leur discours est celui d’un islam identitaire, nationaliste et pro-Erdogan. Ces « imams détachés » permettent au président turc d’exercer une influence sur les musulmans de France, et surtout sur la diaspora turque. Ces imams sont un puissant instrument de pouvoir.

Surtout depuis 2014, date à partir de laquelle la diaspora est autorisée à voter à l’élection présidentielle turque. Garder un contrôle idéologique sur cette population est un enjeu électoral pour Erdogan.

PROJET DE LOI CONTRE LE SÉPARATISME

Ce projet de loi vise officiellement à « conforter les principes de la République ». Quant au gouvernement, il dit ne viser aucune religion en particulier. « Ce à quoi nous devons nous attaquer, précise pourtant le président français à propos de cette loi, c’est le séparatisme islamiste. »

Ce projet de loi a déjà été adopté par l’Assemblée nationale, ainsi que par le Sénat – en première lecture – à la mi-avril. Pour autant, il reste très controversé. Un député de La République en Marche, qui a voté contre, dénonce ainsi un texte « stigmatisant (les musulmans), inutile et dangereux ». L’article le plus critiqué remet en question la liberté de l’instruction des enfants à domicile.

Le but étant de lutter contre le « séparatisme » scolaire des islamistes radicaux. Un autre article interdit aux médecins d’établir des certificats de virginité. Pour beaucoup de commentateurs, ce projet de loi témoigne de la dérive à droite du quinquennat d’Emmanuel Macron.