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HISTOIRE: Les noms de rue, toute une histoire


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 6/2018 vom 30.05.2018

Wenn Sie das nächste Mal in einer französischen Stadt sind, achten Sie doch auf die Straßennamen. Da lässt sich viel lernen! MOYEN


Artikelbild für den Artikel "HISTOIRE: Les noms de rue, toute une histoire" aus der Ausgabe 6/2018 von Écoute. Dieses epaper sofort kaufen oder online lesen mit der Zeitschriften-Flatrate United Kiosk NEWS.

Bildquelle: Écoute, Ausgabe 6/2018

Savez-vous ce qu’est un « odonyme »? Il s’agit d’un nom désignant une rue, une route, une place, un chemin… En France, certains odonymes reviennent souvent: avenue du Général-de-Gaulle, rue Pasteur ou Jean-Jaurès, square Jean-Moulin, boulevard Victor-Hugo ou Gambetta… Le nom de rue le plus fréquent est « rue de l’Église », que l’on retrouve près de chaque clocher. Voilà qui nous ramène au temps des cathédrales, c’est-à-dire au Moyen Âge.

À cette époque, on nomme les voies de ...

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... communication en fonction de leurs usages ou de leurs particularités. Ainsi, la rue de l’Hôpital mène à un hospice, la rue des Tanneurs traverse le quartier des tanneries, et sur la place du Marché on trouve…le marché. Tout est très logique et très parlant! Le passant savait qu’il risquait de passer un sale quart d’heure lorsqu’il s’engageait dans la rue de la Grande-Truanderie. Celle-ci existe toujours dans le centre de Paris, mais rassurez-vous, on y croise désormais bien plus de bobos que de truands! Au Moyen Âge, le piéton savait aussi quel genre de rencontres il pouvait faire dans la rue Trace-Putain. Ou dans la rue du Petit-Musc, qui est toujours derrière l’hôtel Saint-Pol, dans le 4e arrondissement. Son nom vient d’une déformation de l’expression « Pute y musse », c’est-àdire « pute s’y cache » (« musser » signifiant « se cacher » en ancien français). Car c’est ici que les prostituées attendaient autrefois leurs clients. Quant à la rue du Pélican, non loin du Louvre, elle ne fait pas référence à l’oiseau au grand bec (pas vraiment courant en France!), mais de nouveau aux femmes de petite vertu qu’on trouvait là. Pélican vient du surnom « poil au con » donné au XIVe siècle…

Une histoire de propagande
À la fin du XVIe siècle, pour la première fois, les rues prennent des noms sans rapport avec le lieu où elles se trouvent. Sully, ministre et conseiller du roi Henri IV, veut renforcer le pouvoir royal en baptisant de nombreuses rues « rue Royale », « rue de la Royauté », « rue du Trône »… Une propagande bien compréhensible, car nous sommes alors en pleines guerres de Religion. Les puissants du royaume auront bientôt droit à leur nom de rue: Richelieu, Colbert…

Ci-contre: superposition de panneaux au Mans… pour qu’ils se sentent un peu moins seuls!


La Révolution fait du passé table rase. Exit les « rue Royale » ou les voies portant des noms de saint. C’est la naissance des « rue de l’Égalité », « place de la Liberté » ou « place de la Nation », comme celle de Paris, bien connue des grévistes: c’est là qu’ils démarrent leurs cortèges. La rue Notre-Dame-des-Victoires devient d’ailleurs rue des Victoires-Nationales.

Siècle après siècle, certains lieux changent de nom en fonction des changements de régime. La place Louis-XV, appelée ainsi en 1772, devient place de la Révolution en 1789, place de la Concorde en 1795, puis à nouveau place Louis-XV, place Louis-XVI en 1826, pour enfin redevenir place de la Concorde après 1830!

Sous Napoléon, les généraux d’Empire (Murat, Ney, Masséna) et les victoires militaires françaises font leur apparition. On ne compte plus les rues d’Austerlitz, Wagram, Magenta…Les héros de la IIe et de la IIIe République seront aussi honorés: quelle ville aujourd’hui n’a pas sa rue Jean-Jaurès? Plus tard viendront les grandes figures de la Première Guerre mondiale, comme Georges Clemenceau, et de la Résistance, comme Jean Moulin.

Se promener aujourd’hui en regardant les plaques de rue, c’est prendre une leçon d’histoire. Les héros de la Nation sont vénérés, tandis que les évènements moins glorieux sont prudemment effacés. Ainsi, entre 1914 et 1918, à Paris, les rues de Berlin et de Hambourg ont été renommées rue de Liège et rue de Bucarest. Lübeck, Ulm et Iéna, elles, ont gardé leur nom, et pour cause: il s’agit de victoires napoléoniennes!

De tous les personnages illustres, le général de Gaulle est le plus représenté avec plus de 3 900 rues, avenues ou places à son nom dans le pays. Le deuxième est Louis Pasteur, l’inventeur du vaccin contre la rage. L’écrivain Victor Hugo arrive en troisième position. Honneur suprême, l’auteur desMisérables a vu l’avenue parisienne où il résidait recevoir son nom de son vivant! Viennent ensuite Léon Gambetta, le général Leclerc, Jules Ferry, le maréchal Foch… Que des hommes dans le top 10, principalement issus du monde politique et militaire.

Et les femmes?
Sur les 200 noms de personnalité les plus donnés à une rue, on ne trouve que 15 femmes. Parmi elles, la Vierge Marie (sous le nom de Notre-Dame), Marie Curie, Jeanne d’Arc, l’écrivaine George Sand ou encore l’anarchiste Louise Michel. À Paris, moins de 5 % des rues aux noms de personnalité portent un nom de femme. La chanteuse Dalida a sa place à Montmartre, Simone de Beauvoir sa passerelle au-dessus de la Seine, l’écrivaine Marguerite Duras sa rue (mais pas très jolie!) dans le 13e arrondissement. Olympe de Gouges, grande figure de l’émancipation féminine du XVIIIe siècle, n’a le droit qu’à un rond-point surmonté d’un platane et d’un panneau de signalisation. Paris macho? Depuis quelques années, la municipalité essaie de rattraper son retard en féminisant les noms d’espaces publics. Depuis 2011, 140 artères de la capitale ont ainsi été baptisées au féminin. La dernière en date est la rue Antoinette-Fouque, militante féministe et cofondatrice du Mouvement de libération de la femme (MLF). Bientôt, Simone Veil et France Gall auront aussi une place ou une rue à leur nom. Voilà qui sera plus galant que la rue Trace-Putain…

Plus politiquement correct aussi, regretteront certains. Car les noms de rue sont devenus consensuels au point d’être prévisibles. Les personnalités choisies se doivent d’être irréprochables, tels Nelson Mandela ou Martin Luther King, très en vogue à notre époque. Il n’existe plus de rue du Maréchal-Pétain en France. En revanche, Lénine a toujours sa rue à Viry-Châtillon, dans l’ancienne « banlieue rouge » au sud de Paris. En 2009, les élus d’opposition avaient proposé de la rebaptiser « Barack Obama » ou « Yitzhak Rabin ». Mais la mairie avait eu le dernier mot en rétorquant: « Cette rue fait partie de l’histoire de la commune. »

Noms cocasses et polémiques
À Paris, les odonymes font régulièrement scandale. En 2017, la ville refuse que Robespierre donne son nom à une rue. Le héros de la Révolution est aussi l’homme de la Terreur. Pas assez consensuel, donc privé de rue! En 2016, le maire du 13e arrondissement avait proposé qu’une rue soit baptisée du nom de Steve Jobs. L’opposition avait répliqué en dénonçant les pratiques d’optimisation fiscale du cofondateur d’Apple… qui n’aura finalement pas sa rue. On peut tout de même se distraire rien qu’en lisant les petites plaques bleues au coin des rues de Paris. Des titres surprennent encore et toujours. Comme la rue du Chat-qui-Pêche dans le 5e arrondissement, qui doit son nom à l’enseigne d’un ancien commerce qui se trouvait là. Avec une largeur maximale de 1,80 m, elle est la rue la plus étroite de la capitale. Mais nulle trace de chat pêcheur…Et pas plus de bacheliers dans la rue du Bac qu’ailleurs (7e arrondissement). La voie doit son nom au bac qui traversait la Seine au XVIe siècle et qui servit au transport des blocs de pierre pour la construction du palais des Tuileries.

Dans le centre de Paris, certains noms fleurent bon l’Ancien Régime. La rue Vide-Gousset (2e arrondissement) dit bien quel genre d’endroit mal famé c’était: des brigands y détroussaient les gentilshommes au XVIIe siècle. La rue des Mauvais-Garçons, près de l’hôtel de ville (4e arrondissement), rappelle le temps où ces mêmes brigands dépouillaient et assassinaient les passants la nuit. Les touristes aiment désormais s’y faire photographier en prenant des airs debad boys … Citons encore la rue des Deux-Boules (1er arrondissement), qui porte ce nom depuis 1546, mais a priori sans aucun rapport avec un marchand de glaces. Quant à la rue de l’Avenir (20e arrondissement), figurez-vous que c’est une impasse, ce qui n’est guère optimiste!

L’ex-président Jacques Chirac inaugurant la rue Georges-Pompidou en 1984, à Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie



Fotos: goga18128/Shutterstock, Gile Michel/SIPA/action press

Fotos: Jacques Loic/Photononstop, Philippe Roy/Aurimages, Novovitch/AFP/GettyImages (3), Delpixart/istock.com, S.Beaucourt/Novapix/Leemage