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LA FRANCE, UN PAYS ANTISÉMITE ?


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 13/2022 vom 26.10.2022
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Après les attentats de janvier 2015, le ministre de l?Intérieur visite une école juive dans le quartier du Marais, à Paris.

MOYEN

Il ne fait pas bon être Juif en France. À chaque rapport, chaque étude sur le sujet, le constat est le même : l’insécurité visant la communauté juive est un problème national. Les Français juifs ne vivent pas totalement comme les autres citoyens. Insultes, agressions physiques à l’école ou à la sortie de la synagogue, cambriolages à caractère antisémite, croix gammées dessinées, menaces de mort… Les nombreux faits divers deviennent des faits sociaux et politiques. La haine et les préjugés ont conduit au pire. Du meurtre d’Ilan Halimi séquestré et torturé en 2006 – car tous les Juifs auraient de l’argent selon les auteurs du crime – à celui de Mireille Knoll rescapée de la Shoah et poignardée chez elle à Paris, en passant par l’attentat de l’Hyper Cacher en 2015, les exemples ne manquent pas.

Des chiffres alarmants

Cette année, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme rattachée ...

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... au Premier ministre a publié les chiffres des actes antisémites de 2021. Le constat est inquiétant. L’année dernière, ces derniers ont augmenté de 73 % par rapport à 2020 (589 faits contre 339). Cette augmentation s’explique, en partie, par les tensions dans le conflit israélopalestinien au printemps. De plus, lors des rassemblements contre le pass sanitaire, certains manifestants ont tenu des discours complotistes et antisémites : la pandémie serait le résultat d’un complot juif visant à s’enrichir avec les vaccins.

« Les Français juifs représentent 1 % de la population française, mais sont victimes de 40 à 50 % des actes racistes violents commis dans le pays », note Simone Rodan-Benzaquen, directrice de l’organisation American Jewish Committee (AJC) pour l’Europe. « Et l’école est le premier lieu d’exposition à des violences antisémites », complète-t-elle. Dans leur ouvrage L’An prochain à Jérusalem ? (éditions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2016), Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach rappellent les chiffres publiés par le Service de protection de la communauté juive : entre 1999 et 2000 (début de la seconde intifada), le nombre d’actes antisémites est passé de 82 à… 744. Des chiffres qui seraient sous-estimés. « 80 % des Français juifs déclarent ne pas avoir porté plainte à la suite d’une agression antisémite », explique la directrice du bureau parisien de l’AJC, Anne-Sophie Sebban-Bécache.

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En janvier dernier, l’AJC publiait, avec le laboratoire d’idées Fondapol, une « radiographie de l’antisémitisme en France ». Anne-Sophie Sebban-Bécache analyse les résultats : « L’enquête montre que les préjugés contre les Juifs sont surreprésentés au sein de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, de la France insoumise, et dans celui de Marine Le Pen, du Rassemblement national.» Et d’ajouter : « La population musulmane est particulièrement touchée par les idées antisémites. Le niveau d’adhésion aux préjugés peut être deux fois plus élevé que dans le reste de la population française. » La France est, en Europe, le pays comptant à la fois la plus importante population musulmane et la plus grande population juive. Le conflit israélo-palestinien, à plus de 3 000 km de Paris, et les préjugés sur les Juifs ont une influence directe sur la sécurité des Français juifs. Les appels au calme des principaux responsables du culte musulman en France ne changent rien, hélas.

Une spécificité made in France

À bien des égards, cette insécurité est propre à la France. Le phénomène est étudié. « En France, l’antisémitisme prend plusieurs formes : il peut venir de l’extrême droite, de l’extrême gauche, et des musulmans. On retrouve désormais cette haine des Juifs dans certains milieux musulmans en Belgique et au Danemark, par exemple », souligne Simone Rodan-Benzaquen. En juin dernier à Budapest (Hongrie), les principales associations juives européennes se réunissaient pour leur conférence annuelle. À cette occasion, l’Association juive européenne a présenté les résultats d’une grande enquête menée dans 12 pays de l’Union européenne. Daniel Staetsky, statisticien pour l’Institute for Jewish Policy Research et auteur de l’étude, a créé un index de qualité de la vie juive en Europe en évaluant, par exemple, la sécurité, la liberté religieuse, les mesures prises par les gouvernements (les lieux de mémoire de la Shoah, le budget destiné à la sécurité des sites juifs). Les résultats pour la France questionnent : « La France est une anomalie, explique Daniel Staetsky. Les autorités françaises prennent énormément de mesures pour protéger la communauté juive, bien plus que la plupart des pays d’Europe. Et pourtant, la France est le pays où les Juifs se sentent le moins en sécurité. »

Autre anomalie tragique : la France est le seul pays en Europe, depuis la Seconde Guerre mondiale, où des enfants ont été tués parce qu’ils étaient Juifs. Cela s’est passé en 2012, à Toulouse, à l’école juive Ozar-Hatorah. Père de famille, Nicolas était sur place au moment de la tuerie : « “Ça tire dehors”, a crié un surveillant. Quelques instants plus tard, deux jeunes ont déposé, dans le hall de la synagogue, Myriam, 7 ans, et Gabriel, 4 ans, touchés par balles. J’ai vu ces deux petits corps étendus devant moi. Comme Myriam bougeait, mon fils s’est empressé de lui faire un massage cardiaque pendant que je lui faisais du bouche-à-bouche. Notre objectif était de la maintenir ventilée jusqu’à l’arrivée des secours. Hélas, les deux enfants sont décédés. »

Les enfants de Nicolas étaient euxmêmes scolarisés dans cette école. Ce Juif pratiquant prend alors la décision, avec sa femme, de quitter la France. Déjà, le 9 août 1982, sa famille découvrait l’horreur de l’antisémitisme en perdant un proche dans l’attentat de la rue des Rosiers. Ce jour-là, six personnes furent tuées dans un restaurant de la communauté juive de Paris. « Touché ainsi à deux reprises dans une vie, c’était trop », précise-t-il.

Quitter la France

Nicolas et sa famille ont décidé de s’installer en Israël. Une décision que prennent beaucoup de Français juifs – quand ils en ont les moyens – pour des raisons religieuses et pour échapper à l’insécurité. En 2021, près de 3 500 Français ont fait leur alyah, c’est-à-dire qu’ils sont partis s’installer en Israël. À l’alyah, il faut ajouter les déménagements au Canada, aux États-Unis ou en Angleterre. Certaines années, au moment des attentats, c’est près de 1 % de la communauté juive qui a fui la France. Si la grande majorité des Juifs ne quitte pas la France, beaucoup changent de ville ou de région pour plus de sécurité. L’exode est alors intérieur. En Île-de-France et à Paris, où se concentrent près de 250 000 Juifs, ceux qui le peuvent délaissent l’Est pour l’Ouest. À Sarcelles, ville longtemps surnommée « la petite Jérusalem », les synagogues se vident. Des cocktails Molotov ont visé les synagogues de Stains, de Saint-Denis, ou d’Aulnaysous-Bois, des villes de Seine-Saint-Denis. Ce département voit les communautés juives, longtemps nombreuses, disparaître petit à petit. Les sites juifs, comme les synagogues et les écoles, bénéficient, depuis les attentats de 2015, d’une protection assurée par les militaires, les policiers et les gendarmes.

Alors que la France après la Seconde Guerre mondiale a été le seul pays d’Europe à voir sa communauté juive augmenter, les observateurs notent à présent une lente mais continue diminution du nombre de Juifs. Selon les données de l’Institute for Jewish Policy Research, la France compte aujourd’hui 449 000 Juifs, contre 530 000 en 1970. Une baisse démographique qui s’explique par les mariages mixtes, la baisse de la natalité, ainsi que l’exode. Reste à savoir si la France sans les Juifs, présents sur le territoire depuis l’Antiquité, serait encore la France…

QUAND L’ÉCOLE NE PROTÈGE PAS

Depuis une vingtaine d’années, les enfants d’origine juive ne peuvent plus être scolarisés dans n’importe quel établissement. En effet, selon les villes et les quartiers, en particulier ceux où se concentre une forte immigration, les élèves juifs ne sont pas toujours en sécurité. L’Éducation nationale doit alors les changer d’école.

Dans un collège de Tourcoing (Nord), Judith (le prénom a été changé) a dû faire face à un harcèlement antisémite de la part d’élèves arabo-musulmans, nombreux dans l’établissement. « Des insultes, des références au conflit israélo-palestinien, parfois devant les professeurs, qui restaient silencieux », confie-t-elle. Informé par les parents de la jeune fille, le directeur du collège nie la situation. Il leur explique même qu’il n’a pas de leçon à recevoir, insiste sur ses actions pour lutter contre le racisme dont souffrent les Arabes, et n’imagine pas que des élèves puissent être antisémites. Heureusement, l’inspecteur d’académie décide en urgence de changer Judith d’établissement. À cette occasion, il montre à la famille un tract niant le génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale qui circule devant un lycée de la ville voisine.

En banlieue parisienne, où se concentre aussi une forte population d’origine immigrée, des cas similaires existent. Pas surprenant que des établissements confessionnels juifs se développent ces dernières années…