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La pelle à four


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 4/2022 vom 11.03.2022

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Artikelbild für den Artikel "La pelle à four" aus der Ausgabe 4/2022 von Écoute. Dieses epaper sofort kaufen oder online lesen mit der Zeitschriften-Flatrate United Kiosk NEWS.

Bildquelle: Écoute, Ausgabe 4/2022

Le petit port de Sète, celui de Sanarysur-Mer, de Collioure, de Centuri en Corse, mais aussi Porto Venere en Italie… Marius connaissait presque tous les ports de Méditerranée. Et pour cause : il était marin. Longtemps, il avait cherché l’amour, mais il n’avait malheureusement rencontré, dans les différents ports, que des femmes infidèles.

Un jour, il en eut marre de cette vie. Alors Marius prit une grande décision. Il prit même deux grandes décisions. La première : abandonner son métier de matelot. La seconde : se marier.

Il vendit donc son bateau, mit quelques affaires dans un petit sac à dos, cacha toutes ses économies dans sa ceinture et garda un aviron, en souvenir de son ancien métier. Il quitta ensuite Toulon et prit la direction de la terre. L’intérieur des terres. L’arrière-pays. Après quelques jours de marche, il découvrit au loin un joli village provençal. À l’entrée de celui-ci, un ...

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... panneau annonçait : Collobrières.

Sur la place du village, joliment bordée de platanes, une jolie fille l’aperçut avec son aviron sur l’épaule – j’ai oublié de vous dire que Marius n’était pas un vilain garçon… Je veux dire par là qu’il n’était pas méchant bien sûr, bien au contraire, il avait le cœur sur la main, mais surtout qu’il n’était pas… eh bien qu’il n’était pas moche. Pas moche du tout, même. Il avait les cheveux noirs comme le charbon, le visage buriné, et surtout des petites rides au coin des yeux, vous savez, les petites rides qu’ont les gens heureux à force de sourire. Bref, un beau garçon, ce Marius, pas dénué de charme, ni de charisme. Une jolie fille l’aperçut donc avec son aviron sur l’épaule et s’approcha de lui : « Bonjour, beau marin. Dis-moi, d’où viens-tu comme ça ? – Bonjour, ma belle. Mais comment saistu que je suis marin ? – Mais… Parce que tu portes un aviron sur ton épaule, voyons. – Bien vu. Je suis en effet marin, mais j’ai encore un long voyage devant moi, et je dois y aller. Au revoir, ma belle… »

Ainsi, Marius reprit la route. Et après plusieurs jours de marche, il parvint au village de Salernes, un peu plus au nord. Arrivé sur la place du village, joliment bordée de platanes (mais un peu moins joliment qu’à Collobrières), il vit une jolie jeune fille le regarder de loin. Quand

Marius la repéra, elle lui sourit. Et son sourire était, ma foi, bien charmant. Difficile de résister. Alors Marius s’approcha d’elle : « Bonjour, mademoiselle. – Bonjour, bel homme. Vous n’êtes pas du village, n’est-ce pas ? – En effet, je viens de loin. Dites-moi, c’est un bien beau village, ici !

– Oh oui. C’est un village idéal pour vivre. Un village idéal pour être heureux, se marier et avoir des enfants.

– Ma belle, alors j’aurais une petite question à vous poser.

La jeune fille se mit à rougir.

– Mais… Je vous en prie. – Savez-vous ce que je porte sur mon épaule ?

– Euh… Pardon ? – Oui, ça ici, c’est quoi, d’après vous ?

– Ben… Quelle question ! C’est un aviron, bien sûr !

– Merci, mademoiselle. Malheureusement, il faut que je continue mon voyage. Au revoir. »

Et il se remit en route en direction des montagnes de l’arrière-pays. Le village suivant s’appelait Castellane. Arrivé sur la place du village, Marius aperçut une jolie fille à la terrasse du café : « Dites-moi, ma belle. Savez-vous ce que je porte sur mon épaule ?

– Mais bien sûr, c’est un aviron.

– Oh là là, j’ai encore un long voyage devant moi. Au revoir. »

Et il se remit en route. « Mais il est complètement fada, celui-là », pensa la jeune fille.

Après quelques jours de marche, alors qu’il s’approchait d’un petit village répondant au nom de Saint-André-les-Alpes, il rencontra sur le chemin une petite paysanne qui rentrait des champs. Une paysanne bien jolie. Tellement jolie que Marius hésita à l’aborder – oui, car j’ai oublié de vous dire, Marius est parfois un peu timide. Euh non, Marius est parfois très timide. Si bien qu’il ne parvient plus à parler. Mais une jolie fille comme celle-là, il ne pouvait pas la laisser filer. Il ne pouvait pas laisser passer sa chance. Alors il prit son courage à deux mains, s’approcha d’elle, inspira profondément et lui demanda :

Eine Übung zu diesem Märchen finden Sie in Écoute-Plus! : www.ecoute.de/ ecoute-plus

« Pardon, charmante demoiselle…

– Bonjour, monsieur.

– Euh… Oui, bonjour, mademoiselle, je… je… je posais vous vouler une question…

– Comment ?

– Euh… oui, pardon, je voulais vous poser une question.

– Eh bien allez-y, je vous écoute… »

Marius avait la voix coupée. Un tout petit filet, à peine audible, sortit de sa bouche : « Je voulais vous demander si vous saviez ce que je porte sur mon épaule.

– Je ne vous entends point, bel homme. Il faut parler plus fort.

Bel homme ? Elle a dit “bel homme” ???

– Je voulais vous demander si vous saviez ce que je porte sur mon épaule.

– Ce que vous portez sur votre épaule ? Aucune idée. Puis-je voir de plus près ? »

Marius lui tendit l’aviron. La jeune fille le soupesa, le tourna dans ses mains, le regarda sous tous les angles… Elle réfléchit… « Ma foi, je n’ai jamais vu une chose pareille… Qu’est-ce que cela pourrait bien être ? Je dirais… Je dirais… Je dirais une pelle à four.

– Une… pelle à four ?

– Oui, vous savez, la pelle dont se sert le boulanger pour mettre les miches de pain dans le four. »

Ô joie, pensa l’ancien matelot. Si elle ne sait pas ce qu’est un aviron, c’est qu’elle n’a jamais vécu en bord de mer. Et si elle n’a jamais vécu en bord de mer, elle est peutêtre plus fidèle que toutes celles que j’ai rencontrées dans les ports. C’est elle que je dois épouser.

Puis il se jeta à l’eau

– si l’on peut dire : « Belle Marius, je m’appelle Paysanne, euh, pardon, belle paysanne, je m’appelle Marius. Et toi, comment t’appelles-tu ? – Je m’appelle Magalie. Mais pourquoi estu si rouge ?

– Eh bien, Magalie, parce que… »

Marius avait de nouveau la voix coupée. Un tout petit filet, à peine audible, sortit de sa bouche : «Parce que j’aimerais t’épouser ! – Je ne t’entends point, mon beau Marius. Il faut parler plus fort.

Mon beau Marius ?

Elle a dit “Mon beau Marius” ???

– Parce que j’aimerais t’épouser !

– Tu veux m’épouser ?

Eh bien ma foi, je suis d’accord ! »

Peu de jours après eut lieu le mariage. Devant le maire et à l’église de Saint-André-les-Alpes. Marius avait revêtu son plus beau costume de marin – bon, il n’en avait qu’un, ce n’était pas compliqué – et Magalie, la robe en dentelle que lui avait cousue sa mère. Tout le village était présent. Même les bergers étaient descendus des alpages pour assister à la fête. Il y avait des fleurs partout : aux fenêtres, dans les cheveux de Magalie, sur les tables… Car on avait dressé des tables sur toute la place du village. On mangeait, on buvait, on riait, on dansait. Et ce fut, comme dans toutes les légendes, le plus beau mariage de toute la région !

Vous dire que c’était l’histoire de Marius et Magalie serait un mensonge. Ou plutôt non, pas un mensonge. Disons que ce serait prématuré. Car l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques jours après le mariage, Marius avoua à sa jeune épouse : « Ah Magalie, comme tu as bien fait de t’être trompée !

– De m’être trompée ? À propos de quoi ?

– À propos de… Tu sais, de ce que je portais sur mon épaule. Quand on s’est rencontrés, je t’ai demandé ce que c’était. Et tu m’as répondu : “une pelle à four”. Eh bien, en fait, c’était un aviron. Mais si tu avais su que c’était un aviron, j’aurais continué mon chemin. – Mon bon Marius, je suis bien contente d’être ta femme. Mais quand je t’ai vu arriver au village, je me suis tout de suite dit : “Tiens, encore un marin avec un aviron sur l’épaule !”

– Ah bon ?

– Eh oui. Je savais très bien que c’était un aviron. Tu as cru me duper, mais c’est moi qui t’ai dupé. Tu sais, tu n’es pas le premier marin à passer au village.

– Ah bon ?

– J’ai déjà connu deux marins avant toi.

– Ah bon ?

– Oui. Et tous les deux m’ont trompée. Alors, je me suis dit que les marins étaient des hommes bien infidèles. Et quand je t’ai vu arriver, avec ton costume de matelot et ton aviron sur l’épaule, je me suis dit que cette fois, c’est moi qui allais duper un marin. »

Marius était abasourdi. Tout pâle. Lui qui avait cru être le plus malin, voilà qu’il se trouvait le plus bête du monde. « Tout ce voyage pour ça ?, souffla-t-il.

– Il en valait bien la peine, ce voyage, Marius. Moi, je cherchais un mari fidèle, et je l’ai trouvé. Et toi, tu cherchais une femme fidèle, et tu l’as trouvée. Et tu sais quoi, mon petit Marius… ? »

Marius reprit des couleurs, sourit, et répondit : « Moi aussi, ma petite Magalie… »