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Le pêcheur et les…


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 4/2022 vom 11.03.2022

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Au XIXe siècle, l?anchois de Collioure fait la fierté de ce petit port catalan.

Inutile de vous donner le titre complet de ce conte : cela trahirait toute l’histoire. Comme on dit aujourd’hui, cela vous spoilerait la fin. Voici donc l’histoire du pêcheur et des…

Le soleil vient à peine de se lever sur Collioure. La journée s’annonce belle. Le ciel est dégagé. La mer est calme. Tous les Colliourencs et toutes les Colliourencques – puisque c’est ainsi que l’on appelle les habitants de Collioure – dorment encore. Tous, sauf un : Guillaume. Le bon Guillaume, un pêcheur robuste, baraqué comme une armoire normande mais serviable et toujours souriant. Il est à peu près cinq heures, l’heure pour lui de partir en mer. Il se dirige vers sa barque, posée sur le sable. Alors qu’il retrousse son pantalon et s’apprête à la pousser dans l’eau, il constate avec étonnement que la coque est mouillée. « Tiens, se dit-il, c’est bizarre ! Quelqu’un l’aurait-il utilisée cette nuit ? Hm, hmmm… ...

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... »

Guillaume se met alors à inspecter sa barque. Rien ne semble avoir bougé. Le gouvernail est relevé, exactement dans la même position que la veille. Les rames sont à la même place, bien parallèles. Et le cordage impeccablement roulé et sec. « Bizarre, bizarre… Bon, le principal, c’est qu’on ne m’ait rien volé ! Allez, à la une, à la deux, à la trois… »

Et Guillaume pousse de toutes ses forces sa barque à la mer. De toutes ses forces mais sans peine car, souvenez-vous, il est baraqué comme une armoire normande. Le soleil est maintenant haut dans le ciel et entame sa descente vers l’ouest. La pêche a été bonne. Guillaume est content. De retour à Collioure, il tire sa barque au sec, sur le sable, et part en sifflotant vendre son poisson au marché.

Le lendemain matin, alors que Guillaume s’approche de sa barque pour repartir en mer : rebelote ! Tout est impeccablement rangé, mais la coque est à nouveau mouillée. Il regarde à gauche, à droite, derrière lui, il scrute un peu plus loin, dans les rochers, derrière les buissons… Personne ! Et pas d’empreintes dans le sable. Il tend l’oreille, pour entendre, peutêtre, des voix. Silence le plus total. Juste le clapotis des vagues. Guillaume trouve cela vraiment très bizarre et se dit : « Je trouve cela vraiment très bizarre. » L’après-midi, de retour de la pêche, il décide de mener son enquête et de questionner toutes les personnes qu’il rencontre : « Dis-moi, ce ne serait pas toi qui utilises ma barque la nuit ? – Moi ? Mon Dieu, mais je suis trop vieux pour naviguer, enfin… – Et toi ? – Moi ? Mais tu sais bien, j’ai le mal de mer en bateau. Tu te souviens, la dernière fois que tu m’as emmené avec toi, j’ai… – Ah oui, oui ! Je m’en souviens très bien !

Mais alors, qui cela peut-il bien être ? – Tu n’as qu’à aller demander conseil au bailli, intervient un troisième. – Bonne idée. J’y vais de ce pas ! »

Un bailli est une sorte d’officier qui rend la justice au nom du roi ou d’un seigneur. C’est un homme en général cultivé et respecté. Pourvu d’une grosse moustache, d’un respectable tour de taille et d’une voix tonitruante, celui de Collioure impressionnait plus par sa stature que par son statut. Il n’avait d’ailleurs encore jamais rendu la justice pour la simple et bonne raison qu’il ne s’était encore jamais rien passé à Collioure. « Mon bon Guillaume, il n’y a pas de recette miracle à ton problème. Le plus simple est de te cacher et de surveiller ta barque pendant la nuit ! Et si tu vois quelqu’un monter dans ta barque, viens vite me le dire… Je m’empresserai de rendre justice. »

Le soir même, voilà notre Guillaume caché derrière un gros tas de filets de pêche. La nuit est maintenant noire, mais la lune brille de tous ses feux. Collioure dort. Guillaume n’entend plus que le léger bruit de vagues et la cloche de l’église. Dix heures. Dix heures et demie. Onze heures. Onze heures et demie. Minuit. À peine le douzième coup a-t-il retenti, que Guillaume voit apparaître au bout de la plage… deux silhouettes. Non, trois. Quatre. Cinq. Cinq silhouettes. Cinq silhouettes qui s’approchent de son embarcation. Elles semblent porter des robes. Seraient-ce des femmes ? Oui, ce sont des femmes. Qui sont-elles ? Dans l’obscurité, Guillaume ne peut pas les reconnaître. L’une d’elles, sans doute la chef, monte à bord de la barque, suivie des quatre autres, et lance : « Filons à cinq vers le large ! » Doucement, la barque glisse sur le sable, se dirige vers la mer et disparaît dans la nuit. Guillaume sort de sa cachette, et file se réfugier chez lui. Toute la nuit, il pense et repense à cette scène. Ainsi, il y aurait parmi les Colliourencques – puisque c’est ainsi que l’on appelle les habitantes de Collioure – des voleuses. Mais comment ont-elles réussi à faire glisser cette lourde barque sur le sable ? Sans la pousser ?

Tôt le lendemain matin, Guillaume court vers la plage. La barque est de retour. À sa place. Mais la coque est mouillée. Il se rue alors vers la bâtisse du bailli et frappe à sa porte. Celui-ci apparaît, en pyjama et en bonnet de nuit, à une fenêtre de l’étage.

« Oh, mais qui frappe comme ça à ma porte ?

– Ouvrez-moi vite, il faut que je vous parle, bailli…

– Ah, c’est toi, Guillaume. Attends, je descends. »

À peine la porte ouverte, Guillaume raconte tout au bailli. Les silhouettes, les robes, la barque qui glisse sur le sable, tout. Le bailli est horrifié.

« Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe…

– Quoi ? Qu’est-ce qu’il ya ?

– Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe…

– Mais qu’est-ce qu’il ya ???

– Mon petit Guillaume, je crois bien que nous avons affaire là à des… sorcières. – À des sorcières ?

– Oui. À des sorcières. Dis-moi, as-tu pu en reconnaître certaines ?

– Non, hélas, il faisait trop sombre. – Écoute-moi, Guillaume, voilà ce que tu vas faire : ce soir, tu vas te cacher dans ta barque, tu vas mettre un filet de pêche sur toi pour qu’on ne te voie pas, et tu vas essayer de les reconnaître. Et après, tu reviendras me voir, d’accord ?

– D’accord.

– Allez file… Des sorcières, aïe, aïe, aïe, aïe… »

Le lendemain. Minuit. Guillaume est caché dans sa barque. Au douzième coup de cloche, cinq silhouettes apparaissent. Une fois à bord, celle qui semble être la chef lance :

« Filons à cinq vers le large ! » Mais cette fois, la barque ne bouge pas. « Allez, filons à cinq vers le large ! »

Aucun mouvement. « Hm, nous sommes trop lourdes… Peutêtre l’une d’entre nous est-elle enceinte ? Filons à six vers le large ! »

La barque glisse sur le sable, rejoint l’eau et, en un instant, accoste sur une île lointaine où il fait jour. Une île verdoyante, plantée d’oliviers. Aussitôt, les cinq sorcières sautent du bateau et se dirigent, en riant comme des petites folles, vers un village tout proche. Terrorisé, Guillaume reste caché au fond de son embarcation, sous son filet de pêche. Il tente d’observer la scène de loin.

Quelques instants plus tard, les sorcières reviennent, sautent dans la barque, et se racontent, amusées, les mauvais tours qu’elles ont joués aux villageois. Des mauvais petits tours pas bien méchants, Guillaume l’a bien vu du fond de sa barque. Par exemple, elles frappent aux portes des maisons puis s’enfuient en courant ; elles reculent d’une heure l’horloge de l’église ; elles versent du savon dans la fontaine du village… Énervantes, mais pas méchantes. Soudain, celle qui devait être la chef lance : « Allez, filons à cinq vers le large… Euh… Ah oui, allez, filons à six vers le large ! »

Et hop, en un instant, le jour fait place à la nuit, et la barque se retrouve bien à sa place, sur la plage de Collioure. Guillaume n’en revient pas. Le bailli avait raison : ces cinq femmes sont donc bien des sorcières. Mais cette fois, il les a vues. Il a vu leur visage, et les a reconnues.

Boum boum boum ! Guillaume tambourine à la porte du bailli, qui apparaît en pyjama et en bonnet de nuit, à une fenêtre de l’étage. « Oh, mais qui frappe comme ça à ma porte ?

– Ouvrez-moi vite, il faut que je vous parle, bailli…

– Ah, Guillaume. Attends, je descends…

– Ça y est, je les ai vues. Vous aviez raison, ce sont bien des sorcières…

– Des sorcières ? Aïe, aïe, ïe, aïe, aïe, aïe, aïe…

– Écoutez-moi, bailli… Je les ai toutes reconnues. Je vous les montrerai dimanche à l’église lorsqu’elles plongeront leurs doigts dans l’eau bénite. »

Ce dimanche matin, Guillaume et le bailli sont, pour une fois, les premiers à l’église. Côte à côte, à genoux sur leur chaise, ils font semblant de prier. Quand soudain, une femme s’approche du bénitier. Guillaume la reconnaît : « C’est elle, c’est elle ! C’est la première. J’en suis sûr, je la reconnais.

– Ooooooh ! »

Puis une deuxième. « Elle aussi ! C’est la deuxième… Elle était dans ma barque.

– Ooooooh ! »

Puis une troisième et une quatrième. « Et les deux, là, maintenant, qui trempent leurs doigts dans le bénitier… Elles aussi, elles étaient dans ma barque, je les reconnais ! – Ooooooh ! »

La dernière entre enfin. « Et ça, c’est la cinquième ! Ça y est, elles sont toutes là. Et elle, en plus, c’est la chef !

– …

– Bailli ?

– Mon Dieu, Guillaume… Mais c’est ma femme !

– Ah bon ?

– Guillaume… Tu es sûr ?

– Ah oui, sûr et certain, je la reconnais très bien !

– Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu… Guillaume, ma femme… une sorcière !

– Oui… Et en plus, elle est…

– Quoi ?

– … la chef des sorcières !

– Aïe, aïe, aïe, aïe… – Mais ne vous inquiétez pas, bailli, je ne le répéterai à personne ! Et puis en plus, vous savez, j’ai passé un petit moment à les observer, et je peux vous dire que, contrairement aux apparences, Madame le bailli est une sacrée petite farceuse de sorcière. Mais pas méchante du tout. – Elle fait quoi, par exemple ? – Cacher des œufs frais dans les chaussures des villageois.

– Aïe, aïe, aïe, aïe…

– Oui, par contre, là, elle est peut-être un petit peu énervante… »