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Les gendarmes


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 4/2022 vom 11.03.2022

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À Sartène, on ne joue pas avec l?honneur et les traditions...

« Madonna, moi, si j’étais Ange Acquaviva, je couperais la main de ma fille, plutôt que de la marier à ce Pasquale Santolini, s’emporta le sacristain de Serra-di-Scopamène, un petit bourg non loin de Sartène, dans le Sud de la Corse, et dont Ange Acquaviva était le maire.

– Ça, je suis tout à fait d’accord. Non seulement il nous prend de haut, approuva la mercière, mais en plus, il est parti il y a quelques mois à Bastia où des vols ont eu lieu dès son arrivée, puis il est revenu ici, riche comme un prince… Et depuis, les vols à Bastia ont cessé. Questu omu hè un banditu ! »

Pasquale Santolini n’avait pas bonne réputation à Serra-di-Scopamène. Des rumeurs couraient à son propos, mais surtout, il était d’origine sarde. Il était né là-bas, sur l’île d’en face. La Sardaigne. Il n’avait donc pas bonne réputation du tout, mais c’est lui que Laetitia Acquaviva, la fille du maire, aimait. C’est lui ...

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... qu’elle voulait épouser. C’est vrai qu’il était plutôt pas mal, comme homme. Loin d’être vilain, grand, le regard franc, les cheveux drus et noirs, il n’était pas dépourvu d’humour. Ni de caractère d’ailleurs. Il savait qu’à part Laetitia, personne ne l’aimait au village, mais il s’en fichait. Il se sentait bien à Serra-di-Scopamène. Il aimait ce petit bourg, ces vallées et ces forêts alentour, et surtout… la fille du maire. Car, oui, leur amour était réciproque. Ange, le père de Laetitia, aurait préféré que sa fille tombât amoureuse d’Oracio Colonetto, le fils d’une bonne famille de Sartène, propriétaire de plusieurs maisons et de châtaigneraies, mais voilà… c’est de ce

Pasquale qu’elle était tombée amoureuse. Mais Ange aimait tellement sa fille qu’il ne souhaitait que son bonheur. Il s’était donc résigné. (Petite remarque : dans le véritable conte, Ange voyait ce mariage d’un très mauvais œil et allait développer une méchante stratégie pour s’y opposer. Dans cette version, il va développer exactement la même stratégie, mais pour le bonheur de sa fille. Cette version est la même que l’originale. Seule la fin différera un tout petit peu. Laissez-vous surprendre…)

En Corse comme ailleurs, les soirées sont longues et froides en hiver. Ange alluma une bûche dans la cheminée. Laetitia était assise en face du feu. Son père vint s’asseoir à côté d’elle. « Laetitia, ma fille adorée…

– Oui, papa ?

– Tu as bien réfléchi ?

C’est bien Pasquale que tu veux épouser ?

– Oh oui, papa. Tu es d’accord ? Rispondimi !

– Iè, Laetitia, je suis d’accord.

– Oh, papaaa…

– Et… j’ai déjà tout préparé pour le mariage. Regarde sur la table. Les invitations sont prêtes à être envoyées.

Laetitia se leva, se dirigea vers la table, prit une invitation et la lut :

– Papa… Tu as organisé le mariage le jour du Mardi gras ?

– Oui, ma fille.

– Pourquoi ?

Le Mardi gras, c’est jour de carnaval. – Parce que je veux que ton mariage soit une grande fête. Que tout le monde vienne déguisé et s’amuse.. »

Ange passa les jours suivants à envoyer les invitations aux amis, aux villageois et à la famille. Seulement voilà, nous sommes en Corse. Et en Corse, les choses ne sont pas toujours faciles. Laetitia avait en effet six cousins. Trois cousins du côté de son père : les Rocca-Serra ; et trois cousins du côté de sa mère : les Giovannetti. Et depuis bien longtemps, une vendetta avait déchiré la famille. Il se racontait qu’un jour, au début du siècle passé, ou celui d’avant, ou encore d’avant (on ne se souvenait plus très bien), un Rocca-Serra aurait tué d’un coup de fusil de chasse un

Giovannetti. Ensuite, un Giovannetti se serait vengé en réglant son compte à coup de Beretta à un Rocca-Serra… Depuis, les deux groupes se haïssaient et vivaient cachés dans le maquis. Les Rocca-Serra, du côté des forêts du col de Bavella, au nord ; les Giovannetti dans la forêt de Valle Mala, au sud. Jamais les gendarmes n’avaient réussi à les retrouver. Ils avaient bien tenté d’enquêter et de se renseigner auprès de toute la famille, mais ils se heurtaient à une tradition corse que l’on appelle « l’omerta », la loi du silence.

Ange chargea alors son frère, un homme de confiance, d’apporter les invitations ainsi qu’une lettre aux cousins ennemis. Lettre dans laquelle il les suppliait d’oublier leur haine héréditaire le temps de la cérémonie et de se joindre à eux pour le dessert.

Puis le grand jour arriva. Le soleil était au rendez-vous. Des tables furent magnifiquement dressées sur la place du village. Des bouteilles de vin de Sartène étaient alignées sur les nappes bien blanches. Les invités étaient tous venus. Déguisés. Ils se tenaient debout, autour des tables, attendant que les mariés prennent place. Certains portaient des costumes colorés, d’autres, un accoutrement excentrique. Le sacristain avait, quant à lui, revêtu un costume traditionnel… sarde ! L’apéritif n’avait pas encore été servi que l’ambiance était déjà à la décontraction et à la bonne humeur. Après l’apéritif, alors que tous les convives s’installaient à table, elle était à la jovialité et à l’hilarité. « Au début, Dieu s’est entraîné en créant les Sardes. Puis après, il a fait les Corses », plaisanta le sacristain. La taquinerie amusa toute l’assemblée. Même Pasquale. Toutes les rancœurs avaient disparu. Du homard, du poisson, des rôtis… Ange n’avait pas lésiné sur le menu. Le repas s’annonçait long et pantagruélique. Pendant que les convives se régalaient, Ange jouait de l’accordéon. Alors que la fête battait son plein, les Rocca-Serra et les Giovannetti, les six cousins de Laetitia, étaient en route pour Serra-di-Scopamène et s’approchaient du village. 15 jours plus tôt, les trois cousins Rocca-Serra, cachés dans les forêts du col de Bavella, avaient prié Petru, un de leurs amis contrebandiers, de leur procurer trois déguisements. Ce dernier, lors d’un séjour de quelques jours à Marseille où il avait des « affaires » à régler, avait alors couru toute la ville et fini par trouver trois costumes chez un fripier. À son retour de voyage, fier de lui, Petru leur tendit un paquet : « Voilà, les gars. J’ai couru toute la ville, mais j’ai fini par trouver trois costumes chez un fripier du Vieux Port. Ils sont dans le paquet. » En voyant les déguisements, les trois cousins n’en crurent pas leurs yeux : trois uniformes de gendarme. Ils se mirent à rire, mais à rire… (Petru n’en crut pas ses yeux non plus : jamais personne n’avait vu les Rocca-Serra sourire. Et encore moins rire.) « Ça alors ! Des uniformes de gendarme !, s’exclama l’un deux. Des brigands déguisés en gendarmes, ça c’est la meilleure. Et en plus, déguisés de la sorte, nous ne courons aucun danger ! »

De leur côté, les Giovannetti, en vrais brigands qu’ils sont, avaient attaqué dans la forêt de Valle Mala la carriole d’une troupe de comédiens ambulants passant par là. Ils leur avaient volé la malle contenant les costumes de scène des artistes. En ouvrant plus tard la malle, quelle ne fut pas leur surprise de découvrir un costume de bonne – trop petit –, deux costumes de brigands – pas très adaptés – et… trois costumes de gendarme ! « Ça alors ! Des uniformes de gendarme !, s’exclama l’un deux. Des brigands déguisés en gendarmes, ça c’est la meilleure. Et en plus, déguisés de la sorte, nous ne courons aucun danger ! » (Eh oui, chères lectrices et chers lecteurs, cela paraît incroyable. Six costumes. Six uniformes de gendarme. Mais c’est un conte, et le conte est comme ça. Je n’y peux rien. Entre nous, si vous avez un peu d’expérience de la vie, reconnaissez que cela paraît tellement incroyable que ce pourrait être tout à fait crédible.)

Les cousins s’approchaient donc du village. Les Rocca-Serra par le nord, les Giovannetti par le sud. À Serra-di-Scopamène, la fête battait son plein. Les convives riaient, chantaient, dansaient… Les tables avaient été débarrassées et les assiettes changées pour le dessert. Un énorme gâteau à la meringue et à la framboise, posé sur la table des mariés, attendait d’être coupé lorsque, enfin, les cousins arrivèrent. Laetitia jubila : « Papa, papa, ça y est, ils sont arrivés ! »

Mais lorsque les Rocca-Serra aperçurent en face d’eux trois gendarmes, ils crurent à un guet-apens. Et, rapides comme l’éclair, ils prirent leurs jambes à leur cou et disparurent aussitôt dans le maquis. Et les Giovannetti, lorsqu’ils aperçurent en face d’eux trois gendarmes, crurent eux aussi à un guetapens. Et, rapides comme l’éclair, ils prirent leurs jambes à leur cou et disparurent aussitôt dans le maquis. Les invités ne comprirent rien à cette double fuite de gendarmes inconnus. Quant à Pasquale, à la vue des gendarmes, ilmaléfique, entre les tables et avait disparu en courant, derrière la mairie…Mais lorsque les Rocca-Serra aperçurent en face d’eux trois gendarmes, ils crurent à un Le véritable conte prend fin ici. Grâce à sa stratégie maléfique, Ange réussit donc à empêcher le mariage de sa fille avec un homme à la réputation et aux origines douteuses. Mais notre version se termine de façon un peu différente…

Au bout d’un instant, Pasquale réapparut, apparemment très gêné, et retourna s’asseoir à côté de Laetitia. « Pasquale, tuttu va bè ?

– Euh… Oui, oui.

– Pasquale, qu’est-ce qui se passe ?

– … – Pasquale, tu me fais peur. Pourquoi tu es parti comme ça quand tu as vu les gendarmes ? »

Pasquale se pencha vers Laetitia et lui souffla à l’oreille : « Ne t’inquiète pas, tout va bien… Juste une petite envie pressante depuis tout à l’heure, chuuut… Ti tengu cara ! »