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Moteur, ça tourne… action ! TATI EN SCÈNE


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 13/2022 vom 26.10.2022
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Monsieur Hulot et la villa du film Mon oncle, illustrés par David Merveille

MOYEN

En ces temps troubles dans lesquels nous sommes aujourd’hui plongés, les films de Jacques Tati nous apportent la fraîcheur et l’insouciance d’un monde d’avant qui semble à tout jamais disparu. Pourtant, Tati, dans des films comme Playtime ou Trafic, mettait déjà en garde contre un futur plein de froideur et d’inhumanité que nous réservaient la modernité et l’industrialisation. Chacun de ses films nous avertit des transformations que va subir peu à peu la France, dont la culture et le mode de vie seront profondément et irrémédiablement bouleversés.

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Du Lido à Venise

Jacques Tati est considéré comme l’un des plus grands cinéastes que le septième art ait compté. Mon oncle, l’un des quatre chefs-d’œuvre de Tati, obtiendra, en 1959, l’Oscar du meilleur film étranger. La reconnaissance de son génie est ...

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... internationale. Cette stature n’est pas simplement due à l’originalité de son sens comique, mais également à son caractère visionnaire, capable d’annoncer la métamorphose de la société française à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans ses films, il montre son immense sens artistique. Comme le reconnaît le cinéaste Wes Anderson, les films de Tati sont en effet « drôles et esthétiquement superbes à la fois ».

Jacques Tatischeff est né en 1907 au Pecq, dans les Yvelines. Son grand-père a été général de l’armée russe. Puis, la famille s’est installée en France. Au début de sa carrière dans le spectacle, Jacques Tatischeff devient Jacques Tati. C’est essentiellement un mime dont le terrain préféré est le sport. Quand Tati se lance dans le music-hall, l’un de ses numéros les plus célèbres s’intitulera Le Football vu par un gardien de but. Dans deux courts métrages dont il n’est pas l’auteur – On demande une brute et Soigne ton gauche –, il joue un boxeur, et c’est avec Impressions sportives, donné au Lido de Paris au début des années 1940, qu’il lance réellement sa carrière.

En 1947, Jacques Tati réalise son premier long métrage, Jour de fête, qui obtient le prix de la mise en scène à la Biennale de Venise et cumule six millions de spectateurs depuis sa sortie. Les Vacances de monsieur Hulot (1953) et Mon oncle (1958) atteindront chacun les cinq millions d’entrées, mais les trois films suivants – Playtime, Trafic et Parade – seront des échecs commerciaux. Sa société de production Specta Films fait faillite en 1974, et Tati est ruiné. En 1982, le Festival de Cannes l’inclut dans un hommage rendu aux dix meilleurs réalisateurs du monde. Jacques Tati meurt quelques mois plus tard.

Un humour singulier

Dans ses premiers courts métrages, mais aussi dans Jour de fête, Tati puise son inspiration burlesque dans le répertoire de comiques américains illustres comme Buster Keaton ou Mack Sennett. Le héros de Jour de fête, le facteur François, est un benêt débrouillard. Les circonstances l’amènent à accomplir des exploits qui le dépassent. Mais il s’en tire malgré tout. Après Jour de fête, c’est avec Les Vacances de monsieur Hulot que Jacques Tati va inventer le personnage auquel il restera associé. Monsieur Hulot fume la pipe et porte un petit chapeau posé sur le haut de la tête dans Les Vacances.

Dans les trois films suivants, il ajoutera à sa panoplie un imperméable défraîchi, un pantalon trop court laissant voir des socquettes à rayures et des chaussures en daim. Il est curieux, distrait, lunaire mais respire la gentillesse et la bonne humeur. Sa démarche sur la pointe des pieds et sa grande stature (Tati mesurait près de 1,90 mètre) lui donnent une allure indécise. L’invention de monsieur Hulot apporte une nouvelle direction à l’humour de Tati. Et à l’humour en général. Tati crée un décalage où le monde tel que nous le connaissons semble vaciller.

Dans Playtime, monsieur Hulot attend un rendez-vous professionnel important. L’entreprise se trouve dans un bâtiment gigantesque. Le plan montre Tati assis dans un fauteuil et au fond un couloir qui semble ne pas avoir de fin. On entend d’abord le claquement de chaussures sur le sol du couloir, puis apparaît une silhouette minuscule qui paraît ne pas avancer tandis que le bruit des pas se rapproche. Il lui faut une bonne minute pour rejoindre monsieur Hulot. Ici, le gag naît du décalage entre l’espace et le bruit des pas. Tati utilise d’ailleurs le son comme l’un des ressorts principaux de son humour : le son bizarre d’un fauteuil quand on s’assied dessus, un bruit de fond électrique dans une usine, des hautparleurs défectueux, des grincements et cliquetis divers… Le dialogue est également traité comme un son. Peu importe ce que les gens disent. Qu’il s’agisse d’une brève conversation ou d’une annonce à l’aéroport, tout semble participer à la création d’un monde flottant, comme en état d’apesanteur. Ce décalage, mis en valeur par le gag, ouvre une nouvelle perspective sur le monde.

À l’américaine

L’américanisation de la société française, la société de consommation, l’aliénation et le tourisme sont quatre des thèmes principaux abordés dans les films de Jacques Tati. Dès Jour de fête, Tati met en garde contre l’américanisation de la France. Le facteur François ne prend plus le temps de boire un coup à chaque remise de courrier, mais se lance le défi d’être rapide et efficace « à l’américaine ».

Dans l’après-guerre, l’avancée hégémonique et l’emprise des États-Unis sur la culture française sont déjà établies. Ainsi, en 1946, un accord entre les deux pays prévoit un prêt important à la France qui s’accompagne d’une obligation de projeter les films américains dans les salles françaises sans restriction de nombre. La langue anglaise fait son apparition dans les films de Tati, où l’on assiste à la naissance du franglais. L’American way of life triomphe peu à peu.

Malgré une France rurale et populaire qui subsiste, cette expansion semble impossible à contrer. Les produits américains s’imposent, le drugstore se retrouve dans Playtime. La malbouffe menace. Dans Mon oncle, madame Arpel sert à son fils des boules éjectées d’un four. On peine à les imaginer comestibles.

Consommation, consommation

Cette américanisation débouche sur une société de consommation dans laquelle l’individu s’efface au profit de ce qu’il possède. Dans Mon oncle, monsieur et madame Arpel tirent une extrême fierté de la voiture qu’ils viennent d’acheter, des fauteuils et des canapés design qui meublent leur salon ou de leur cuisine truffée d’électroménager dernier cri. Mais eux-mêmes semblent ne plus avoir d’existence réelle, ne s’exprimant que par bribes ou adoptant des postures stéréotypées. Selon le philosophe Jean Baudrillard, Tati enregistre le moment où nous sommes passés dans « l’ère de la simulation ». Dans l’univers des Arpel, tout est artificiel. C’est le triomphe du paraître. On est ce que l’on a. En visionnaire, Jacques Tati avait perçu le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Aliénation et isolement

La consommation et le paraître créent une aliénation aux objets que l’on a fièrement acquis. La voiture ne conduit pas à la liberté espérée, mais aux embouteillages et aux accidents vus dans Playtime et Trafic. Dans Playtime, les automobiles sont bloquées sur un rond-point dont elles n’arrivent plus à s’extraire. Elles occupent des parkings immenses. La ville doit désormais se plier aux exigences de ce moyen de transport omniprésent. Les quartiers anciens sont détruits, et c’est toute une partie de la banlieue populaire parisienne qui va disparaître pour construire des ensembles immobiliers neufs et des routes. Dans Mon oncle, le lieu de vie de Hulot est menacé, mais dans Playtime, il ne reste déjà que la ville froide et impersonnelle.

Deuxième aliénation : la télévision. À l’époque, elle commence à faire son entrée dans les foyers. Tati pressent qu’elle isolera les gens plutôt que de les rassembler. Ils échangeront de moins en moins. Le temps consacré jadis à des occupations diverses sera désormais passé devant la télé. L’incommunicabilité qui en résulte annonce le phénomène du portable, qui finira par enfermer chacun dans sa propre bulle, et la dépendance à cet objet qui vide chacun de sa substance en uniformisant la pensée.

« La vie, c’est très drôle, si on prend le temps de regarder. »

JACQUES TATI (1907 – 1982)

Tourisme et parcours fléchés

À quoi bon voyager, puisque toutes les villes vont finir par se ressembler. Dans une scène de Playtime, Tati montre une agence de tourisme décorée d’affiches invitant à des destinations aussi diverses que Mexico, Hawaï ou Stockholm. Toutefois, c’est presque la même photo qui vante l’intérêt de ces voyages : un gratte-ciel comme ceux que l’on voit dans le film.

Les monuments de Paris – le Sacré-Cœur, la tour Eiffel – ne sont vus que par reflet : une porte vitrée entrouverte, une fenêtre qu’un laveur de carreaux fait pivoter… En guise de découverte, les touristes américains suivent en bus un parcours fléché. L’ennui règne. Des voyageurs s’égarent et cherchent à s’amuser. Ils ne voient même pas la marchande de fruits et légumes, seul vestige du vieux monde. Là encore, en montrant des groupes de touristes que l’on mène d’un endroit à l’autre avec l’autorité qu’un berger a pour son troupeau, Tati anticipe l’époque des voyages organisés et du tourisme de masse.