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PARIS - PROVINCE Deux France au bord du divorce ?


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 9/2022 vom 27.07.2022
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Bildquelle: Écoute, Ausgabe 9/2022

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Commençons par deux devinettes. Dans quelle ville de France les habitants sont-ils les plus riches ? À Paris. Et dans quelle ville de France les habitants paientils le moins d’impôts locaux ? À Paris aussi.

Dans un pays qui a pour maître-mot l’égalité, il y alà évidemment une contradiction, laquelle vient conforter le sentiment que les Parisiens seraient des privilégiés.

Paris, capitale de l’investissement public

Commençons par rappeler deux chiffres. C’est à Paris, qui ne manque pas de théâtres, de musées ni de salles de concert, que le ministère de la Culture dépense le plus chaque année : 139 euros en moyenne par Parisien, contre 15 euros par habitant d’une autre région. Un seul exemple : quand François Mitterrand a lancé le Grand Louvre, dans les années 1980, l’État a tout payé. En ...

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... revanche, il n’a versé que… 1 % du financement du Louvre de Lens (Pas-de-Calais), l’une des villes les plus pauvres du pays. Le pire est que cela fait boule de neige sur l’investissement privé. C’est ainsi dans la capitale que les milliardaires Bernard Arnault et François Pinault ont installé, l’un sa fondation Louis Vuitton, l’autre sa collection d’art contemporain.

La culture n’est pas un cas isolé. C’est à Paris que l’on compte le plus de classes préparatoires du pays – et souvent les meilleures ; là que l’on trouve les enseignants les plus expérimentés, tandis que les débutants doivent faire leurs armes en « province » ou dans les « banlieues difficiles », selon l’euphémisme en usage. C’est encore là que l’on recense le plus de fonctionnaires par habitant.

L’avantage est important. Si une partie des dépenses de sécurité ou de culture (notamment) sont prises en charge par l’État, le budget municipal se trouve alors allégé d’un certain nombre de contraintes.

Ajoutez à cela des taxes excessives liées au marché immobilier et vous comprenez pourquoi la municipalité peut se permettre d’épargner ses contribuables tout en leur offrant des prestations haut de gamme, comme c’est le cas pour les gardes d’enfants.

« Ce déséquilibre est voulu par l’État », explique Olivier Razemon qui cite à titre d’exemple, dans son livre « Les Parisiens », une obsession française, le discours de Nicolas Sarkozy en 2009 : « La capitale rayonnante doit servir la grandeur de la France. Le Grand Paris, c’est Paris qui veut être la carte maîtresse de la France en Europe et dans le monde.» Au programme : la construction de « 1,5 million de logements d’ici à 2030 » et un métro automatique. Certes, celui-ci est financé par des taxes payées par les seuls Franciliens. À ceci près que les services de l’État ont créé pour l’occasion un secrétariat d’État chargé du Développement de la région capitale, payé par tous les Français. Rien de tel, évidemment, quand Lyon ou Bordeaux se dotent d’une ligne de tramway.

« La centralisation française, qui atteint un degré exceptionnel, ne s’explique pas seulement par des raisons historiques », confirme le politologue Romain Pasquier.

Elle tient aussi à un manque de volonté politique. Au lieu de corriger les inégalités du marché, l’État se contente de les accompagner. C’est notamment ce qu’il se passe pour la fibre optique pour l’Internet.

Les opérateurs privés l’installent d’euxmêmes dans la capitale, sans solliciter la ville ni la région. Tel n’est pas le cas pour les villages isolés, où les habitants doivent mettre la main à la poche…

Une vision parisianiste

Non seulement les Parisiens disposent d’avantages que certains n’ont pas, mais ils imposent souvent leur point de vue aux autres. « Qu’il s’agisse de la politique, de la culture, de l’économie, des médias, l’immense majorité des décideurs habitent dans cette ville. L’opinion de ces personnes a forcément une influence sur les mesures qui sont prises, lesquelles sont très souvent parisiano-centrées », souligne le journaliste et essayiste Jean-Laurent Cassely, spécialiste des questions territoriales. La crise sanitaire en a fourni un exemple. « Avec le même taux d’incidence, le gouvernement a décidé des mesures de confinement à Nice et à Marseille, et pas à Paris », reconnaît Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris, Anne Hidalgo. « Sans doute en raison du rôle de locomotive économique que joue la capitale, qui représente 10 % du PIB français. Et sans doute aussi parce que les conditions de logement y rendent le confinement plus difficile à supporter. » Un traitement particulier relevé également par l’épidémiologiste Pascal Crépey : « D’un point de vue sanitaire, un traitement plus strict aurait été justifié en raison de la forte densité de la capitale et de sa fonction de pôle d’échanges avec le reste du pays, qui augmente les risques.»

PARIS ET LE DÉSERT FRANÇAIS ?

À PROPOS…

Les classes préparatoires aident les bacheliers à se préparer à l’entrée aux grandes écoles, qui sont très sélectives.

La vie des Parisiens n’est pas rose Parce qu’un procès équitable ne peut se contenter d’accusations, passons maintenant à la défense. Tout d’abord, il faut relativiser les statistiques par habitant, car Paris est la ville de France qui accueille le plus de visiteurs. « 3,6 millions de personnes y sont présentes chaque jour, qu’il s’agisse de salariés ou d’étudiants venus de banlieue, de provinciaux ou de touristes de passage. Soit bien plus que les 2,165 millions de personnes qui y résident officiellement », soulignent Dominique Alba et Émilie Moreau, respectivement directrice générale et directrice des études de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). Conséquence : s’il est vrai que l’on trouve dans la capitale un maillage d’équipements exceptionnel, ceux-ci sont soumis à une tension extrême. Paradoxalement, il n’est pas si simple pour un Parisien d’accéder à une piscine ou à un théâtre. »

PARIS, LA LOCOMOTIVE DE LA FRANCE ?

Paris n’est pas la France L’on confond par ailleurs souvent Paris et l’État. L’on attribue parfois aux « Parisiens » la responsabilité de décisions prises par le gouvernement. Exemple typique : « Paris nous impose les 80 km/h.» « Cela est d’autant plus paradoxal que l’État se méfie de Paris, car c’est de là que sont parties de nombreuses révolutions, souligne Emmanuel Grégoire. C’est pour cela qu’il y agardé des pouvoirs de police et que les maires n’y sont de nouveau élus que depuis 1977.»

Et puis, il faut s’intéresser aux travaux de l’économiste Laurent Davezies, que l’on peut résumer ainsi : le dynamisme de Paris profite à tous. Parce que les impôts nationaux sont prélevés là où sont les richesses, et parce que les dépenses publiques profitent majoritairement aux territoires pauvres, les contributions des Parisiens participent largement, selon lui, à la réduction des inégalités géographiques. Un mouvement encore renforcé par les déplacements de population, qu’il s’agisse des retraités parisiens dépensant ailleurs l’argent qu’ils ont accumulé dans la capitale, ou des employés qui en font de même pendant leurs congés. Bref, Paris jouerait le rôle d’une locomotive qui tirerait les wagons du territoire français.

L’exode parisien L’on ne peut pas non plus passer sous silence les domaines où les Parisiens sont désavantagés. Le manque d’espaces verts. Les difficultés de circulation et de stationnement. Et, surtout, les problèmes pour se loger. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle Paris perd environ 10 000 habitants chaque année. Et c’est logique. Grâce à son offre universitaire et ses emplois qualifiés, la capitale attire en masse des étudiants et de jeunes actifs. En revanche, découragées par les conditions de vie, les personnes âgées et les familles la quittent en plus grand nombre.

Reste à savoir si ce mouvement, déjà ancien, sera amplifié par la crise sanitaire. La période a mis au jour une évidence : grâce au télétravail, qui concerne environ un emploi sur trois, il est possible de travailler pour une entreprise parisienne sans travailler à Paris. D’où la tentation de s’installer dans une ville moyenne ou à la campagne, au moins une partie du temps. Le provisoire sera-t-il un jour définitif ? Verra-t-on des milliers de personnes passer trois jours à Paris et le reste de la semaine à Tours (à 230 km de Paris) ou à Dreux (à 80 km de Paris) ? Nul ne le sait encore.

En revanche, il y alà un motif d’espoir. « Si les élites se redistribuent sur le territoire, cela peut être pour elles l’occasion de changer de regard », note Jean-Laurent Cassely. Après tout, avec d’un côté des Parisiens qui veulent quitter la capitale et, de l’autre, des campagnes et des villes moyennes à la recherche de nouveaux habitants, on devrait pouvoir s’entendre.