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RENCONTRE: Philippe Croizon L’homme qui rit de tout


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 5/2019 vom 10.04.2019

Behindert, na und!? Das scheint Philippe Croizons Devise zu sein. Nach einem schrecklichen Unfall half ihm der Sport aus seiner Lebenskrise. Jetzt reiht er eine Glanzleistung an die andere.


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Artikelbild für den Artikel "RENCONTRE: Philippe Croizon L’homme qui rit de tout" aus der Ausgabe 5/2019 von Écoute. Dieses epaper sofort kaufen oder online lesen mit der Zeitschriften-Flatrate United Kiosk NEWS.

Bildquelle: Écoute, Ausgabe 5/2019

Philippe Croizon, amputé des quatre membres, se lance sans cesse de nouveaux défis.


Il n’aime pas qu’on le qualifie de super-héros ou de héros des temps modernes, comme la presse a tendance à le faire. Et pourtant, Philippe Croizon, amputé des quatre membres, enchaîne les exploits sportifs. Sa méthode : avoir un projet, se fixer une date, et tout mettre en place pour atteindre son objectif. Et ça paye ! Il a ...

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Il n’aime pas qu’on le qualifie de super-héros ou de héros des temps modernes, comme la presse a tendance à le faire. Et pourtant, Philippe Croizon, amputé des quatre membres, enchaîne les exploits sportifs. Sa méthode : avoir un projet, se fixer une date, et tout mettre en place pour atteindre son objectif. Et ça paye ! Il a déjà traversé la Manche, relié les cinq continents à la nage et piloté une voiture au Paris-Dakar. Il a aussi écrit plusieurs livres, dont le dernier avec sa compagne Suzana Sabino,Ma vie pour deux (éditions Arthaud, 2019), et donne des conférences. De quoi susciter l’admiration.

L’accident

Philippe a 26 ans le jour de l’accident. Il est marié à Muriel, enceinte de leur second enfant. Leur fils, Jérémy, est âgé de 7 ans. En mars 1994, toute la petite famille déménage. Les cartons sont dans le camion, tout est prêt. Mais avant de quitter leur ancienne maison, Philippe décide de démonter l’antenne encore sur le toit. Après tout, ce serait dommage de la laisser, elle lui a coûté 500 francs à l’époque. Il grimpe sur l’échelle, déboulonne l’antenne et s’apprête à redescendre quand tout à coup, un arc électrique se forme : l’antenne a touché une ligne de haute tension. Philippe est foudroyé. Conscient de ce qu’il lui arrive, le jeune homme sent son corps brûler peu à peu. Son pantalon s’enflamme. Un voisin courageux chausse des bottes en caoutchouc, enfile des gants et monte avec un extincteur. Il éteint le feu mais le courant (20 000 volts !) continue de traverser le corps de Philippe. Et ce, vingt minutes durant ! Pendant son transport à l’hôpital de Tours, Philippe fait deux arrêts cardiaques, mais il est réanimé. Au centre des grands brûlés, les médecins sont pessimistes. Le corps de Philippe est carbonisé de l’intérieur avec d’importantes lésions. Le verdict tombe : il faudra l’amputer de ses quatre membres.

Des mots qui font mouche

Dans sa chambre stérile, Philippe sombre, déprime. Les amis et la famille défilent pour lui remonter le moral. Parmi eux, son copain Jacky. Au bout du rouleau, Philippe lui confie son envie de mourir. Mais Jacky lui répond : « J’ai perdu mon père tôt, je sais ce que c’est de ne pas avoir de papa. Ton fils a besoin d’un père. » Ces mots font mouche. Après le désespoir, Philippe reprend goût à la vie et décide de se battre. D’autant plus que deux mois après l’accident, sa femme accouche du petit Grégory.

de KRYSTELLE JAMBON

Entraînement avant la traversée de la Manche à la nage, plage de Wissant, dans le Nord, 2010


Avec des prothèses et des palmes, le sportif a réussi à relier les cinq continents.


Une volonté à toute épreuve

En juin 1994, Philippe quitte sa chambre stérile pour aller dans un centre de rééducation. Pour porter des prothèses, il doit retrouver ses forces musculaires. Motivé par l’arrivée du bébé, il se promet de marcher avant lui et d’assister aux 50 ans de mariage de ses grands-parents en août ! Se remettre en position verticale est son objectif, mais aussi accepter ce nouveau corps, apprendre à se servir de ses moignons, manger seul, gagner en autonomie, bref, reprendre une vie « normale ». Philippe s’entraîne sans relâche et ses efforts portent leurs fruits. Cinq mois après l’accident, en août, il fait son premier pas. Au bout d’une semaine, il remarche. À l’anniversaire de mariage de ses grands-parents, il est au rendez-vous et il arrive debout ! Les gens sont sidérés mais tellement heureux pour lui. Et Philippe ne s’arrête pas à cet exploit. Il veut aussi conduire. Six mois après le drame, il se remet au volant. Grâce à la reconnaissance vocale et un joystick, il peut se déplacer en voiture.

La force de l’amour

Philippe retourne vivre chez lui fin 1995. Il se reconstruit psychiquement, mais la vie au quotidien est difficile. Sept ans après l’accident, sa femme le quitte. Un autre coup dur. Philippe pense une nouvelle fois au suicide… Il lui faudra trois ans pour se remettre du départ de Muriel. Heureusement, la vie lui réserve une bonne surprise. SurMeetic , un site de rencontres en ligne, il fait la connaissance de Suzana qui, lors de leur première rencontre, arrive avec un gros bouquet de fleurs. L’amour le requinque. Il se jette à corps perdu dans le sport. Les exploits se multiplient. Il fait un saut en parachute à 4 600 m d’altitude. Après deux années d’entraînement physique et psychique, le 18 septembre 2010, 16 ans après le drame, il traverse la Manche à la nage (34 km à vol d’oiseau) en 13 heures et 26 minutes. Petit détail : avant son exploit, il savait à peine nager ! En 2012, Philippe relie les cinq continents à la nage. Cinq ans plus tard, il finit 48e au Paris-Dakar. Son nouveau projet, loin du sport cette fois : un seul en scène, écrit avec l’humoriste Jérémy Ferrari, prévu cette année. On sera au rendez-vous.

Interview avec: Philippe Croizon

Pourquoi êtes-vous devenu un athlète de haut niveau ?
Après mon accident, le sport a été un de mes outils de résilience qui m’a beaucoup aidé à me reconstruire. Un vendredi soir, sur mon lit d’hôpital, je regarde la télévision. Je vois un reportage sur une jeune fille qui traverse la Manche à la nage. Complètement captivé par ces images, je ne connais pas encore le phénomène du dépassement de soi. Je vois la nageuse se battre contre les éléments et là, je pense tout simplement : « Pourquoi pas moi un jour ? ».

Pouvez-vous nous dire quels autres outils de résilience vous ont aidé ?
J’en ai eu plusieurs. En premier lieu mes amis, mes deux fils, et ma famille. Ensuite, l’humour. C’est important l’humour. Un humour trash au début, juste après l’accident. Mais un humour qui s’adoucit avec le temps, qui devient plus sympathique. Un autre outil de résilience : la natation, qui m’a permis d’accepter mon nouveau schéma corporel. Dans l’eau, je ne suis plus une personne handicapée. Je suis libre, en plénitude, heureux. Je retrouve mon corps.

Vous dites que vous avez besoin de craquer, que c’est votre façon d’avancer…
Oui, c’est mon mode de fonctionnement. J’ai besoin de pleurer un bon coup, ça fait du bien, ça libère, et ensuite je redémarre. Dans mes conférences, je craque souvent parce que je me remémore des moments difficiles. Ce peut être aussi des pleurs de joie, par exemple lors de la traversée de la Manche quand j’ai vu que sur le rivage, mes deux fils étaient là dans la nuit noire et me félicitaient.

Votre leitmotiv est que tout est possible. Il y a quand même des limites, non ?
Je ne vois pas lesquelles(rires) ! Les limites, ce sont nos peurs. On vit dans un monde où les gens se sentent victimes de tout et de rien. Comme si plus personne ne voulait prendre son destin en main. Moi, je dis qu’aujourd’hui, tout est permis. Alors pourquoi est-ce que je me fixerais des limites ? Quand j’ai un rêve, j’appelle les meilleurs experts dans chaque domaine. Je leur dis : « Voilà mon objectif. Il faut me transformer. » Et je me lance.

Vos parents ont dû créer une association pour recueillir des dons au début. Est-ce que la prise en charge du handicap en France est insuffisante en règle générale ?
Oui, elle est tout à fait insuffisante. Il faudrait revoir toute la politique du handicap, sachant que le plus important, c’est l’accès à l’école. Une loi en France oblige les entreprises à embaucher 6 % de personnes handicapées. Or, le personnel compétent manque. De jeunes handicapés ont envie de vivre de leur travail, mais ils ont rarement accès aux filières universitaires.

Quand on a besoin de matériel aussi onéreux, où trouver l’argent ? Comment gagnez-vous votre vie ?
Pendant dix ans, j’ai végété dans mon canapé, à la charge de l’État. Je vivais sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, avec mes conférences et mes livres, je vis du fruit de mon travail. Tout va bien pour moi. Mais pour la plupart des personnes handicapées, on est dans le système D. Créer une association, vendre des T-shirts, lancer un loto… Toutes les idées sont bonnes pour collecter des fonds. Le handicap n’est pas un luxe, mais il coûte très très cher. Hélas, la Sécurité sociale ne couvre que rarement les frais engendrés. Il suffit de remonter en France à la Première Guerre mondiale pour constater qu’à l’époque, on a longtemps caché nos « gueules cassées », nos blessés de guerre. C’est seulement depuis la loi de 2005 que nos handicapés commencent à sortir. Eux aussi veulent être des citoyens à part entière, travailler, exister. Elle est là, la révolution. Mais l’État n’arrive pas à la gérer correctement.

On ne vous fait pas des appels du pied pour entrer au gouvernement ?
Si, tout le monde me fait des appels du pied ! Tous les partis politiques ont tenté leur chance(rires) ! De gauche comme de droite. Mais je resterai toujours un électron libre.

Dans son livrePlus fort la vie , paru en 2014, l’auteur raconte comment il a repris espoir grâce au sport, après son accident.


Maintenant que vous êtes devenu une célébrité, comment réagissezvous au regard des autres ?
Je me cache, je me cache, je me cache ! Mais on me reconnaît parce qu’il me manque trois ou quatre trucs(grand éclat de rire) ! Pendant dix ans, aux yeux des gens, j’étais juste une personne handicapée, mais maintenant, depuis que je suis connu, bizarrement, le côté handicap a disparu. On vient plus facilement vers moi. Je pense avoir fait sauter une barrière. Et j’espère bien la faire sauter pour beaucoup d’autres encore.


Fotos: Philippe Matsas/Opale/Leemage ; PHOTOPQR/Voix du Nord/Guy Drollet, PHOTOPQR/Sud Ouest / Xavier Leoty/MaxPPP (2)

Foto: Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images