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REPORTAGE: BEAUX-ARTS DE PARIS AU CENTRE DE LA CRÉATION


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 7/2019 vom 29.05.2019

Am linken Seine-Ufer, mitten in Paris, befindet sich die Hochschule für Bildende Künste. Seit mehr als 200 Jahren erfahren hier die Künstler der Zukunft eine Ausbildung auf höchstem Niveau.


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Artikelbild für den Artikel "REPORTAGE: BEAUX-ARTS DE PARIS AU CENTRE DE LA CRÉATION" aus der Ausgabe 7/2019 von Écoute. Dieses epaper sofort kaufen oder online lesen mit der Zeitschriften-Flatrate United Kiosk NEWS.

Bildquelle: Écoute, Ausgabe 7/2019

Fabrication de mortier dans l’atelier de fresques du professeur Philippe Bennequin, à l’École des Beaux-Arts de Paris


Les bustes du sculpteur Pierre Puget (à gauche) et du peintre Nicolas Poussin (à droite) marquent l’entrée des Beaux-Arts, rue Bonaparte, dans le 6e arrondissement de Paris.


C’est une école où les élèves viennent quand ils veulent. Les cours sont à la carte, les travaux ne sont pas notés, et les ...

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... professeurs peuvent disparaître des semaines entières. On peut y écouter de la musique à fond, taguer les murs et faire venir des personnes extérieures. Entre la faculté, le squat artistique et le monument historique, l’École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris n’est vraiment pas une école comme les autres! Imaginez d’abord un ensemble de bâtiments hétéroclites imbriqués les uns dans les autres, sur deux hectares en bord de Seine, face au Louvre. Un dédale de couloirs, de cours et d’escaliers traversent quatre siècles d’architecture parisienne. On passe en quelques pas d’un pavillon historique à un préfabriqué. Principal bâtiment, le palais des Études protège sa belle cour à galeries sous une grande verrière. Au premier étage, l’amphithéâtre d’honneur en impose avec sa fresque néoclassique de Paul Delaroche où figurent 75 personnages grandeur nature. On y voit aussi une toile monumentale d’Ingres, qui enseigna la peinture ici en 1829. Au même étage, la bibliothèque de style Second Empire abrite 70 000 volumes dans ses immenses rayonnages en bois. C’est l’une des plus grandes bibliothèques d’art contemporain en France. « 70 % des monographies conservées ici sont introuvables ailleurs », souligne le conservateur Marc Petit. Tout au fond, le portrait de Louis XIV rappelle que l’institution a hérité du fonds artistique de l’Académie royale de peinture et de sculpture, supprimée sous la Révolution. C’est pourtant à Louis XVIII que l’on doit la création officielle de l’École des Beaux- Arts de Paris en 1819.

Un squat dans un palais

Le site des Beaux-Arts abrite aussi des hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles, le jardin de Chimay, la jolie cour du Mûrier avec ses arcades, et la chapelle des Louanges, construite en 1609. Pendant la Révolution, on y cacha les tombeaux royaux de la basilique Saint-Denis. La chapelle abrite des moulages de statues et, tout au fond, la copie duJugement dernier de Michel-Ange. De quoi impressionner les jeunes élèves qui viennent d’intégrer l’école. « La première année ici est très intimidante. On se retrouve dans un lieu chargé d’histoire en plein Saint-Germaindes- Prés, entre le Louvre et le musée d’Orsay, avec d’illustres prédécesseurs… », précise Alice, élève dans l’atelier du peintre Jean-Michel Alberola. Qu’on se rassure, les 650 étudiants de l’école savent s’approprier les lieux. Murs tagués, affiches placardées, palettes de chantier abandonnées, ustensiles en bois ou en ferraille barbouillés de peinture… Un joyeux bazar règne partout aux Beaux-Arts. « C’est un squat artistique dans un palais », résume Enzo. Ce jeune peintre achève une toile dans l’un des 35 ateliers mis à la disposition des étudiants de l’école. Lumière zénithale, vue sur le Louvre… Un bel espace qu’Enzo partage avec les autres élèves de Tim Eitel. Ce peintre de renommée internationale est leur maître d’atelier. « Je travaille généralement de 10 heures à 21 heures. Contrairement à ce qu’on peut croire, on bosse beaucoup ici. Tim Eitel vient une fois toutes les deux semaines. Cela nous permet de rester dans notre bulle créative. Comme moi, il fait de la peinture figurative. Il s’est posé les mêmes questions. » À côté de lui, Kornel achève un grand portrait de femme. « En Pologne, je rêvais de venir à Paris. C’est ici que j’ai perfectionné ma technique du dessin grâce aux cours de nus, dans l’amphithéâtre de morphologie. Trois ou quatre modèles nus posent devant nous. On doit les dessiner rapidement à la craie, en taille réelle, sur des immenses panneaux d’ardoise. » Un étudiant venu de Bâle (Suisse) approuve d’un signe de tête. L’ambiance est studieuse dans l’atelier. « Nous sommes sérieux. Parfois, de petites fêtes sont organisées, mais à 22 heures, tout s’arrête: l’école ferme. » Oublié, le cliché des moeurs légères et des nuits d’ivresse à refaire le monde!

Kornel Zezula, étudiant polonais de 5e année, dans l’atelier de son professeur Tim Eitel


Mehr dazu finden Sie in Écoute-Plus: www.ecoute.de/ecoute-plus

Chaque année, seuls 80 étudiants sur 1 000 peuvent entrer à l’École des Beaux-Arts de Paris


Des ateliers pour tous les arts

À l’étage en dessous, l’atelier de Jean-Michel Alberola accueille une quarantaine d’élèves. Chacun a son petit espace dans les deux grandes salles ouvrant sur le jardin de Chimay. « Nous faisons de la peinture, du dessin, de la sculpture, de la gravure, de la céramique… Peu importe le support, notre professeur nous suit, nous aiguille. Il nous conseille sur les livres à lire, les films à voir, les artistes à connaître… », explique Alice. L’école possède justement une collection de 450 000 oeuvres, dont le deuxième fonds de dessins après le Louvre. On peut notamment y consulter quatre dessins de Léonard de Vinci. « On le fait peu, admet Alice. Nous sommes tellement immergés dans notre propre création! »

En plus des cours de dessin, les étudiants ont le choix entre une vingtaine de cours: mosaïque, photo, modelage… Ils y apprennent aussi à concevoir une installation ou une performance. Wernher Bouwens enseigne la lithographie depuis 2006. Son atelier sent bon l’encre fraîche. « Quand je suis arrivé, seuls 15 étudiants suivaient le pôle édition (sérigraphie, lithographie et gravure). Aujourd’hui, ils sont une centaine! » Ici, on apprend à doser les couleurs et les effets sur de vieilles presses, parfois plus que centenaires. « Grâce à Photoshop, les jeunes d’aujourd’hui ont l’habitude de séparer l’image en plusieurs couches. Et c’est exactement le principe de la lithographie. C’est pourquoi cette technique d’imprimerie obsolète retrouve sa contemporanéité », explique le professeur.

Les étudiants sont toujours invités à développer leur talent avec différents matériaux. À l’atelier métal, on scie, on soude, on fore, on perce dans le vacarme. Les élèves portent une visière faciale pour se protéger des étincelles. L’un conçoit une machine sonore avec un pédalier de vélo, l’autre fabrique une sorte de petit avion en tôle. À l’atelier bois, une étudiante sculpte un bas-relief dans une pièce d’orme, les pieds dans les copeaux. L’atelier fresque évoque une drôle de chapelle Sixtine. Les murs sont couverts de Christs catalans, de fresques orthodoxes, de portraits Renaissance, de peintures cubistes… « Ce bâtiment a été conçu spécialement pour enseigner l’art de la fresque », explique Philippe Bennequin, qui fut élève ici même dans les années 1970 avant de devenir professeur. Une étudiante asiatique transpire à grosses gouttes en fabriquant le mortier traditionnel (mélange de sable et de chaux) dont elle couvrira un morceau de mur. Puis elle peindra avant que l’enduit ne sèche.

Parmi la soixantaine d’étudiants qui apprennent le métier, beaucoup sont étrangers. L’École des Beaux- Arts compte environ 20 % d’étudiants étrangers venus faire leur cursus à Paris. « Ce type d’ateliers a quasiment disparu ailleurs », justifie Philippe Bennequin. Les derniers travaux des étudiants tapissent les murs. Pour faire de la place, les fresques sont régulièrement détruites. « Dans un an, la moitié de l’atelier sera renouvelé », précise encore le professeur.

Un avenir assez flou

Profiter de tous ces outils pédagogiques a un prix, modeste: 433 euros de frais de scolarité par an. Encore faut-il pouvoir réussir le concours d’entrée aux Beaux-Arts. Sur 1 000 candidats, seuls 80 sont admis en première année. Pas de limite d’âge, il suffit d’avoir le bac en poche… et de convaincre le jury de son potentiel artistique lors de l’épreuve d’admission. « Je l’ai raté deux fois, la troisième a été la bonne! », sourit Enzo. Heureusement pour lui, car on ne peut se présenter plus de trois fois au concours. Pour se donner plus de chance, on peut suivre une classe préparatoire. Depuis 2016, l’ENSBA a sa propre classe préparatoire, « Via Ferrata », destinée aux étudiants issus de milieux modestes. Une fois admis aux Beaux-Arts, les étudiants doivent entrer dans la classe d’un des 40 professeurs-artistes référents. Ceux-ci mènent tous de front leur carrière personnelle et leur activité d’enseignant. « Ce n’est pas toi qui choisis ton maître, c’est plutôt lui qui te choisit », précise Enzo. Parmi eux, le peintre Jean-Michel Alberola, l’auteur de bande dessinée Joann Sfar, le plasticien japonais Tadashi Kawamata ou encore l’artiste belge Ann Veronica Janssens.

La formation complète dure cinq ans. « Il y a trois types d’enseignement: les cours théoriques (histoire de l’art, philosophie), les cours techniques (dessin, peinture, modelage) et la pratique (création en atelier) », résume Kornel. À la fin de ses cinq ans aux Beaux-Arts, l’étudiant présente son travail devant un jury extérieur à l’école. S’il réussit, il reçoit son diplôme national supérieur d’arts plastiques (DNSAP). Il rejoint alors la lignée prestigieuse des anciens des Beaux-Arts: Ingres, David, Matisse, Brancusi et, plus près de nous, César, Carole Benzaken et Marc Desgrandchamps. Et après? Les étudiants rencontrés ne cachent pas une légère peur, car l’obtention du diplôme ne fait pas tout. « Nous sommes lâchés dans le grand bain, sauf qu’on n’est pas formés à comprendre le fonctionnement du milieu de l’art. On ne reçoit aucun cours sur le statut d’artiste, sur nos droits, notre régime social », regrette une étudiante. L’avenir de l’école lui-même est assez flou en raison des changements de directeur à la tête de l’institution (trois en huit ans). Le projet d’un musée pouvant accueillir et exposer les collections de l’école a du retard, tout comme celui de la future bibliothèque numérique. Le nouveau directeur, Jean de Loisy, a encore beaucoup de travail à faire. Il lui faut moderniser les Beaux-Arts tout en conservant leur âme.

UNE VISITE À L’ÉCOLE

Il est possible de découvrir les bâtiments de l’École nationale supérieure des Beaux- Arts pendant les « Ateliers ouverts ». Les prochains sont prévus du 25 au 30 juin. Par ailleurs, des expositions libres d’accès ont lieu régulièrement dans l’école, au Cabinet des dessins Jean-Bonna (14, rue Bonaparte, dans le 6e arrondissement).


Fotos: Frederic Vielcanet/Alamy Stock Photo; Bertrand Rieger

Foto: Anthony Micallef/HAYTHAM-REA/lai