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REPORTAGE: Tout le monde sur le pont du Belem !


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 7/2018 vom 27.06.2018

Der Dreimaster kann auf eine überaus bewegte Geschichte zurückblicken. Die Schiffswerft verließ er als Frachtschiff, wurde dann umgebaut zu einer Luxusjacht und dient heute, im ursprünglichen Zustand, als Segelschulschiff.


MOYEN

Connaissez-vous le Belem ? Cet imposant trois-mâts, souvent comparé à une « cathédrale des mers », fait rêver bien des gens. Voguer à son bord est un privilège, car c’est un modèle unique : il s’agit du dernier voilier de commerce français du XIXe siècle encore en navigation. Ce vieux gréement de 122 ans impressionne par sa voilure et ses mâts de 30 mètres qui donnent le ...

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Bildquelle: Écoute, Ausgabe 7/2018

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Connaissez-vous le Belem ? Cet imposant trois-mâts, souvent comparé à une « cathédrale des mers », fait rêver bien des gens. Voguer à son bord est un privilège, car c’est un modèle unique : il s’agit du dernier voilier de commerce français du XIXe siècle encore en navigation. Ce vieux gréement de 122 ans impressionne par sa voilure et ses mâts de 30 mètres qui donnent le vertige. Toutefois, monter sur le pont du Belem est un rêve accessible. En effet, depuis 1986, c’est un navire-école civil ouvert à tous, une rareté dans le paysage des anciens voiliers.
Bienvenue à bord d’un monument du patrimoine maritime français.

Stagiaire à Lorient prêt à embarquer à bord du Belem pour une formation


Cours de navigation sur le prestigieux trois-mâts


Ils s’entraînent à hisser les voiles pour qu’elles prennent le vent de façon optimale. En l’espace de quelques jours, ils sont capables de diriger le navire, déterminer sa position, nettoyer les cuivres ou faire des veilles de nuit – les fameux « quarts ». Comme les professionnels de la mer, ils montent en haut du grand mât et restent suspendus au-dessus du vide, tels des acrobates. Facile par beau temps, un peu plus sportif pendant une tempête… Leurs gestes doivent être précis, leurs déplacements agiles et leur obéissance totale. C’est ce qu’annonce le maître d’équipage, Patrice Caherec, à chaque nouvel arrivage de volontaires. « Tout ce qu’on vous dit ici, c’est parole d’évangile. Pas de prise d’initiative. »

Tous à la manoeuvre, par tous les temps, c’est grisant ! Les stagiaires sont ravis de leur expérience, qui plus est, sur un navire d’exception.

32 campagnes marchandes

Le Belem a connu de nombreuses campagnes marchandes, plusieurs propriétaires et différents noms. Menacé de tomber dans l’oubli, il a su renaître grâce à des passionnés et des sponsors avertis. Sa vie bien remplie n’est pas près de s’arrêter !

Sorti des chantiers navals de Nantes en 1896, le Belem est un beau bébé. Avec sa ligne élancée, sa coque en acier de 58 mètres et sa voilure de 1 200 m2 , il est conçu pour atteindre une vitesse moyenne de 12 noeuds. Soit l’équivalent de 22 km/h, une vitesse rapide pour l’époque. Sa mission ? Transporter des marchandises de port en port, entre l’Europe et le Brésil. Il doit d’ailleurs son nom à un port brésilien où ses premiers propriétaires avaient fondé un comptoir commercial.

Le 10 juin 1896, le Belem part pour le compte de la compagnie nantaise Denis Crouan Fils, spécialisée dans le transport du cacao. Son principal client n’est autre que la chocolaterie française Menier, la plus grande du monde jusqu’en 1914. Le navire peut transporter 675 tonnes de chargement. Imaginez, 675 tonnes de cacao ! Les marins sont peu nombreux, 13 seulement. Est-ce un signe prémonitoire ? La première traversée est un cauchemar. Les 121 ânes embarqués en Uruguay pour être échangés au Brésil contre du cacao meurent dans un incendie. Pas d’ânes, pas de cacao. Le navire revient alors, six mois après son départ, complétement vide.

Cette « cathédrale des mers », est à flot depuis 122 ans.


Par la suite, le Belem transporte du rhum puis de la canne à sucre, embarqués aux Antilles. Les traversées s’enchaînent, durant 160 jours en moyenne. Jusqu’en 1913, le Belem aura ainsi réalisé une trentaine de campagnes, certaines plus chanceuses que d’autres… Comme ce 8 mai 1902, à la Martinique. La montagne Pelée entre en éruption, tuant 30000 personnes. La lave détruit entièrement les 15 navires amarrés au port de Saint-Pierre. Par chance, le Belem, trop grand pour rentrer dans le port, avait jeté l’ancre dans une anse éloignée. Il est intact.

Mais en ce début de XXe siècle, les bateaux à vapeur concurrencent les bateaux à voiles, car ils sont plus rapides et plus robustes. Par manque de rentabilité et par peur de la guerre, le Belem stoppe sa carrière commerciale le 31 janvier 1914. Deux semaines plus tard, il est racheté par le duc de Westminster. Le gréement est sauvé.

Yacht de luxe britannique

Lord Westminster, membre de la famille royale britannique, tombe sous le charme du bateau et le transforme en yacht de luxe. Ce coup de lifting passe par des cabines confortables et l’ajout d’un magnifique escalier qui conduit à un salon vitré en acajou. Le duc équipe aussi le voilier de moteurs pour la première fois. Désormais, le Belem peut accueillir 40 personnes, ce qui est parfait pour les réceptions, et il navigue par tous les temps. Ainsi aménagé, il effectue des croisières le long des côtes de la Méditerranée sous pavillon britannique, tandis que la guerre explose en Europe.

En 1921, le Belem change de main. Il est racheté par Sir Arthur Ernest Guinness, vice-président des brasseries et passionné de navigation. Rebaptisé « Fantome II », le navire reprend ses voyages en haute mer. Toute la famille Guinness y embarque pour un tour du monde entre le 29 mars 1923 et le 2 mars 1924.

Mais en 1939, la guerre met fin aux traversées du navire. « Au début de la Seconde Guerre mondiale, le Fantome II rejoint l’île de Wight et il est désarme », raconte Aymeric Gibet, actuel capitaine du Belem. « Epargné par les bombardements, mais abîmé, il sert brièvement de base à une unité des Forces navales françaises libres. » Puis, à la mort de Sir Ernest Guinness en 1949, ses héritiers le remettent en vente.

Vue de Londres depuis la proue du Belem


Navire-école à Venise

Le milliardaire vénitien Vittorio Cini achète le navire en 1952. Il lui donne le nom de son fils, mort dans un accident d’avion. Le Giorgio Cini est destiné à former les orphelins de la marine italienne. Quelques changements y sont faits : adieu les cabines, on aménage un dortoir. Le voilier est également modifié pour en faire une goélette, plus facile à manoeuvrer en mer. Mais pour les Vénitiens, le navire est plus qu’une école. Il symbolise la renaissance de la tradition navale de leur cité. Pourtant, 13 ans plus tard, la goélette revient définitivement à Venise. L’enseignement délivré sur le Giorgio Cini est devenu trop éloigné de la formation maritime moderne professionnelle. Le navire reste à quai sur l’île de San Giorgio Maggiore, siège de la Fondation Cini.

Vétuste, il ne peut plus naviguer. Lescarabinieri , rêvant d’un navire-école de prestige, souhaitent financer la restauration du bateau. Celle-ci est confiée au chantier naval de l’arsenal de Venise qui, en 1972, redonne au Giorgio Cini sa forme d’origine, celle d’un trois-mâts barque. Mais les réparations sont chères. Finalement, le voilier lui-même est donné à l’arsenal de Venise en dédommagement. En 1976, le navire est de nouveau à vendre.

Musée-école français

Et la roue tourne, enfin ! Car un amateur de vieux gréements, le Dr Luc Olivier Gosse, le reconnaît et rappelle son origine française. C’est le début de gros efforts pour lui redonner vie. La Caisse d’Épargne réussit à racheter le navire en 1979. Et, en hommage à son passé prestigieux, il retrouve son nom d’origine.

Le Belem se fait alors remorquer de Venise à Brest. Remis en état, il part pour Paris, le but étant d’attirer l’attention des médias et du public. Et ça marche ! Stationné à Paris de 1980 à 1985, au pied de la tour Eiffel, le public le visite et des dons sont collectés. Des bénévoles, dirigés par Jean Randier, ancien officier de marine marchande, le restaurent. Certains Parisiens se lancent aussi dans l’aventure, comme Daniel Jéhanno, chauffeur de taxi d’origine bretonne, qui deviendra le premier maître d’équipage du navire rénové.

Puis le Belem est classé monument historique en 1984. Il devient un musée itinérant. « Un an plus tard, il reprend la mer et fait un retour historique à Nantes, la ville où il est né », se souvient Christelle de Larauze, déléguée générale de la Fondation Belem, l’armateur actuel du navire. « En 1986, on le voit passer devant la statue de la Liberté à New York pour en célébrer le centenaire. Puis il devient officiellement bateau-école civil et ne cesse de naviguer sur les océans. »

Comme le dit le commandant Gweltaz Thirion : « Nous recevons des passionnés, des personnes vraiment motivées. Parfois, on en rencontre qui ont déjà suivi plusieurs stages et qui connaissent l’histoire du bateau mieux que nous. En 30 ans, le Belem a déjà embarqué près de 35000 stagiaires. »

Et vous, embarquerez-vous aussi, un jour, sur le Belem ?


Foto: Frédéric Grimaud/Divergence

Fotos: Benjamin Decoin (2)

Foto: PRM/SIPA/action press