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Sergueï Jirnov


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Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 11/2022 vom 21.09.2022

FACILE

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Pour l?avoir connu au KGB, Sergueï Jirnov sait jusqu?où Vladimir Poutine est prêt à aller.

Ancien agent du KGB, Sergueï Jirnov vit en tant que réfugié en France. Grand connaisseur de la Russie et de Vladimir Poutine, il a récemment publié L’Engrenage (Albin Michel, 2022). Dans ce livre, il analyse la guerre d’Ukraine et la personnalité de Poutine. De sa première rencontre avec ce dernier en 1980, il a gardé le souvenir d’un « petit fonctionnaire du KGB sans charisme », qui « prenait du plaisir à exercer le pouvoir qu’il possédait ». Rencontre avec Sergueï Jirnov, l’ex-espion venu du froid.

La guerre menée par la Russie en Ukraine vous surprend-elle ?

Oui et non. Le fait que Poutine décide de lancer cette guerre ne m’a pas étonné. Depuis 2002, Poutine manifeste son animosité à l’égard de l’Ukraine, il répète que ce pays n’existe pas réellement… Il a développé un regard expansionniste et revanchard sur quasiment toutes les zones de l’ex-URSS. Ces dernières années, à cause de l’usure ...

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... du pouvoir, Poutine était de moins en moins populaire en Russie. Il lui fallait donc un facteur extérieur pour mobiliser son électorat. Cependant, j’ai été surpris par son manque de préparation. L’économie russe est en train de s’écrouler, le choc économique est énorme. Poutine explique que l’Otan l’inquiète, mais il a poussé deux autres pays qui étaient neutres jusqu’à aujourd’hui à candidater à l’Otan : la Suède et la Finlande. Tous ses objectifs annoncés au début se sont retournés contre lui : il a mobilisé les États-Unis et les pays européens qui étaient jusque-là dispersés. Il a mobilisé la nation ukrainienne, notamment avec la guerre qui a commencé en 2014. Et l’Église orthodoxe ukrainienne est devenue autonome face à l’Église orthodoxe russe. Sur tous les fronts, cette guerre a donné les résultats inverses de ce qu’il espérait. Les conséquences négatives pour le pays dépassent largement le bénéfice politique. D’ailleurs, nous ne savons pas à quel point Poutine est soutenu par sa population aujourd’hui.

Est-ce que Poutine peut se faire renverser ou tuer ?

Il y apeu de chances… Poutine peut être tué par un opposant, mais il fait très peu de sorties populaires, c’est donc difficile. On peut aussi penser au « coup de palais », c’est-à-dire une tentative de l’intérieur, de la part d’un proche pour destituer le dictateur, mais rien n’indique aujourd’hui que cela pourrait avoir lieu.

Peut-on imaginer un soulèvement populaire en Russie contre la politique de Poutine dans un avenir proche ? Après tout, personne n’avait vu venir le Printemps arabe…

La possibilité d’un soulèvement populaire me semble peu réaliste pour le moment. En Russie, c’est la lutte éternelle de la télévision contre le frigo ! La population regarde la télévision d’État, c’est-à-dire une télévision de propagande. Cette télévision peut transformer les Russes en zombies. Tout cela fonctionne tant que le frigo est plein.

Mikhaïl Kassianov, l’ancien Premier ministre russe de Poutine de 2000 à 2004, a expliqué que le Poutine qu’il a connu était « différent ». Et vous, trouvez-vous qu’il a changé ces dernières années ?

Dans son livre paru en juin, Sergueï Jirnov aide le lecteur à comprendre la mentalité de Vladimir Poutine.

Je partage ce constat. Rappelons que Kassianov n’est pas Mère Teresa. Il est dans l’opposition depuis 15 ans, une opposition très bourgeoise… ll est néanmoins clairvoyant, sérieux. Poutine a changé à plusieurs reprises. D’abord en 2012, quand il est revenu au pouvoir après la parenthèse Medvedev (2008-2012). À son retour, il a mis en place une politique particulièrement répressive. Mais c’est le Covid-19 qui a véritablement isolé la Russie et Poutine. Par peur du virus, il a limité les sorties et les contacts, même avec ses ministres. Depuis trois ans, il est donc très seul, il ne regarde pas la télévision, ne va pas sur Internet. Il se replie sur lui-même. Poutine est paranoïaque : plus il garde le pouvoir, plus il craint d’être renversé. Le pouvoir use la personne qui le possède. Il entend de moins en moins d’opinions différentes de la sienne, son entourage lui raconte ce qu’il veut entendre pour ne pas le mettre en colère. Cela explique le manque de préparation de la guerre et l’échec de son invasion en Ukraine qui ne s’est pas déroulée comme prévu.

Pouvez-vous revenir sur votre expérience au sein du KGB ?

Né à Moscou, j’ai vécu dans un milieu très aisé et privilégié. J’ai eu la possibilité d’entrer dans la meilleure école : l’Institut des relations internationales de Moscou, sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères. Dans cet institut, on recrute les individus pour les services d’espionnage. Très rapidement, le KGB m’a approché. En 1984, j’entre à l’institut du Drapeau Rouge, remplacé depuis par le service des renseignements extérieurs de la fédération de Russie. Cette école prestigieuse forme les espions pour faire du renseignement à l’étranger sur le terrain. La même année, Vladimir Poutine entre aussi dans l’école. Il rêvait de devenir un espion du renseignement extérieur. Mais, en 1985, à la sortie de l’école, les formateurs lui disent qu’ils ne veulent pas de lui au renseignement. Il était considéré comme trop dangereux et imprévisible. Sous le coup de l’émotion, il pouvait prendre des décisions dont il ne mesurait pas les conséquences. Il a donc été renvoyé en province, à Leningrad. Poutine a très mal vécu cela. Grâce à son réseau, il a pu aller en République démocratique allemande (RDA) mais pas en tant qu’espion, seulement en tant qu’officiel du KGB auprès de la Stasi à Dresde. Il n’a donc pas eu la grande carrière d’espion qu’on lui prête. De mon côté, après trois années de formation, je suis entré dans le quartier général du service d’espionnage, direction S, le service des clandestins. Ensuite, je me suis retrouvé sur le terrain à Moscou puis en France avec, pour dernière mission, d’infiltrer l’ENA, l’école qui fabrique l’élite française. Avec la dislocation de l’URSS, en 1991, ma carrière au KGB s’est terminée, et celle de Poutine aussi.

À quoi ressemble votre vie en France ?

Quand le KGB s’est éteint, je me suis retrouvé avec un diplôme et la maîtrise de quatre langues étrangères. Le service d’espionnage a voulu me reprendre mais j’ai refusé. Je me suis opposé au régime, surtout lorsque Poutine est arrivé au pouvoir et a commencé à reconstruire le soviétisme à l’intérieur de la Russie. Je me suis exilé en France, en 2002, un pays dont je connais la langue, la culture. Il faut dire que j’ai enseigné le français pendant 14 ans à la télévision soviétique. La France était mon second pays. La procédure pour la demande d’asile a été longue et fastidieuse. J’ai été un espion, on m’a donc demandé des explications. Il m’a fallu trois ans et demi pour avoir le statut de réfugié, en 2004. Mes droits sont similaires aux Français, sauf que je ne peux pas voter aux élections, ni être élu. Je ne peux pas non plus travailler dans les institutions de l’État. Les emplois contractuels et le secteur privé me sont ouverts. Aujourd’hui, j’ai publié quatre livres en France depuis mon arrivée, et de nombreux articles. Je travaille également comme chroniqueur pour la chaine de télévision LCI.

Qu’est-ce qui vous manque de la Russie ?

J’ai laissé mes parents en Russie, ma sœur, mes cousins… J’ai perdu beaucoup d’amis russes : ils ont eu peur pour eux à cause de mes positions publiques contre le pouvoir en place. Bien sûr, il y aun peu la nostalgie de mon pays, de ma ville, de ma jeunesse. Mais cette nostalgie est très minime. J’ai des amis en France, et je peux compenser le manque en lisant les livres ou en écoutant la musique de l’époque soviétique. Grâce à Internet, il est possible de s’informer sur la Russie. La Russie n’est plus mon pays aujourd’hui. Ce qui s’est passé en 22 ans sous Poutine a transformé ce pays, son peuple. Je ne m’y retrouve plus.

Votre famille n’a jamais été menacée ? Non, personne n’a payé pour moi. Tout d’abord, je ne suis pas un traître officiellement. Mon statut actuel de réfugié vient de ma fuite du régime de Poutine, et non d’une collaboration avec des services de renseignement étrangers. Ensuite, en 1991, le KGB a cessé d’exister, comme le Parti communiste et l’URSS. Je n’avais donc plus aucune obligation légale ou idéologique. Je craignais tout de même qu’on utilise ma famille pour faire pression sur moi, me forcer à rentrer et m’emprisonner. Mais mes parents avaient le statut de vétérans de guerre. Cela les a protégés. En Russie, personne ne touche aux vétérans de guerre, c’est comme les vaches sacrées en Inde !

Biographie

1961 : naît à Moscou.

1984 : entre, la même année que Vladimir Poutine, à l’institut du Drapeau rouge, appartenant au KGB.

1991 : intègre l’École nationale d’administration (ENA) pour infilter l’administration française, quelques mois avant la fin de l’Union soviétique.

1991-2021 : travaille comme journaliste, enseignant et consultant.

2021 : après 19 années passées en France, il se dit victime de tentatives d’empoisonnement et d’enlèvement.

2022 : publie L’Éclaireur, avec Jean-Luc Riva, puis L’Engrenage.