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SPÉCIAL LANGUE FRANÇAISE: La folle aventure de la langue française


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 11/2019 vom 04.09.2019

Träfen Molière und ein Pariser Banker heute zusammen, könnten sie sich unterhalten? Es ist gut möglich, dass sie nicht viel von dem verstehen würden, was der jeweils andere zu sagen hat. Der Grund? Die ständige Weiterentwicklung der französischen Sprache.


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Bildquelle: Écoute, Ausgabe 11/2019

Petite histoire de la langue française en 10 moments-clés

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VIe siècle avant J.-C. : arrivée des Celtes
Originaire du centre de l’Europe, le peuple celte occupe l’Ouest du continent, de l’Espagne à l’Angleterre. Les Celtes installés dans ...

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VIe siècle avant J.-C. : arrivée des Celtes
Originaire du centre de l’Europe, le peuple celte occupe l’Ouest du continent, de l’Espagne à l’Angleterre. Les Celtes installés dans l’actuelle France sont appelés « Gaulois ». Peu de mots gaulois sont encore utilisés dans la langue française actuelle. En général, ce sont des mots liés à la nature, comme « chêne », « ruche », « mouton » et des noms de villages.

IIe siècle avant J.-C. : début des conquêtes romaines
En envahissant la Gaule, les Romains apportent avec eux leur langue, le latin. Le latin populaire, parlé par les marchands et les soldats romains, est peu à peu adopté par les Gaulois. Le latin classique, quant à lui, utilisé par les érudits et les nobles romains, est à son tour repris par la haute société gallo-romaine. Aujourd’hui, 80 % des mots français proviennent de ces deux langues : en latin populaire, « cheval » se ditcaballus et a donné les mots « cavalier » et « chevaucher ». En latin classique, « cheval » se ditequus et a donné les mots « équitation » et « équestre ».

IIIe – VIe siècles après J.-C. : invasion des Francs
L’arrivée des Francs va modifier la langue. Ce peuple germanique parle le francique, dont 400 mots sont restés, notamment dans le vocabulaire de la campagne (« bûche », « guêpe », « jardin », « roseau ») ou de la guerre (« flèche », « trêve »). La langue parlée et écrite dans le royaume des Francs (qui recouvre en partie la Gaule), incontestablement latine mais influencée par le francique, se nomme le « roman ». Le roman contenait un « h » prononcé, notamment dans les mots d’origine franque comme « honte » ou « haine ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui, même si ces mots gardent parfois un « h » dit « aspiré ».

14 février 842 : les serments de Strasbourg
En 842, deux petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique, s’allient contre leur frère aîné, Lothaire Ier. Pour valider cet accord politique, des serments de fidélité sont prononcés à Strasbourg par les deux frères. Ils sont alors écrits dans la langue de chacun : le tudesque, ou vieux haut allemand, et le roman. C’est la première fois qu’un texte si important est écrit en roman, alors qu’à cette époque le latin est la langue de l’administration. Même si la langue romane est encore éloignée du français moderne, on considère les serments de Strasbourg comme l’acte de naissance de la langue française.

Le Moyen Âge : le français et les autres langues de France
Dans la moitié sud de la France, on parle l’occitan, c’est-à-dire la « langue d’oc » (oc signifiant « oui »). Les dialectes parlés dans la moitié nord de la France, comme le normand et le picard, sont quant à eux issus de la « langue d’oïl » (oïl étant le mot pour dire « oui »). D’autres langues, très diverses, sont présentes : le francoprovençal dans les régions alpines, ainsi que le basque, le catalan ou le breton. Mais c’est de la langue d’oïl parlée en Îlede- France, le francien, que naîtra le français. Il deviendra prédominant au fur et à mesure que le roi de France, qui réside souvent à Paris, étendra son influence sur le reste du territoire.

1539 : le français devient la langue officielle
Le roi François Ier (1515-1547) décide que la langue officielle ne sera plus le latin mais le français. Il veut ainsi affirmer le pouvoir monarchique face à l’influence de l’Église dont la langue est le latin. Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée en 1539, tous les textes juridiques et administratifs doivent être rédigés exclusivement en français. Cette décision permet à une plus grande partie de la population de comprendre les textes officiels. Cela renforce aussi la centralisation du pouvoir et l’importance du français.

XVIe et XVIIe siècles : le français se mondialise
Tout au long de son histoire, le français emprunte aux autres langues. Au XVIe siècle, l’Italie fascine l’Europe. Ainsi, des milliers de mots italiens relatifs à la peinture – « coloris », « miniature » –, l’architecture – « appartement », « balcon » – ou la cuisine – « riz », « radis », « brocoli » – mais aussi à la guerre – « alarme », « canon », « cartouche » – s’intègrent dans la langue française. À la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle, c’est au tour de l’espagnol d’influencer le français. À travers l’espagnol, ce sont aussi des mots d’origine arabe – « alcôve », « récif » – ou préhispaniques qui sont accueillis dans la langue française, souvent en même temps que les produits qu’ils désignent : la « tomate », le « cacao », le « chocolat », l’« avocat », le « maïs », la « cacahuète », le « tabac », la « patate »…
À la même époque, le français débarque sur le continent américain avec Jacques Cartier. Les familles françaises qui s’installent en Amérique du Nord sont en majorité originaires du nord-ouest de la France. Cela explique les spécificités du français parlé aujourd’hui par les Québécois et certains habitants d’autres États du Canada et des États-Unis, en particulier le Nouveau-Brunswick et la Louisiane.

XVIIe – XVIIIe siècles : le français rayonne en Europe
Le français est plus que jamais la langue à la mode en Europe. En Allemagne, notamment du fait de l’arrivée des huguenots – les protestants chassés de France durant les guerres de religion –, plusieurs dizaines de milliers de mots sont adoptés dans la langue de Goethe. L’Académie française est créée en 1634 par Richelieu, principal ministre du roi Louis XIII, pour réguler le bon usage du français et rédiger un dictionnaire.

XIXe – XXe siècles : colonisation et francophonie
Le français est la langue de l’administration, de l’école et du commerce dans les pays administrés par la France à partir de la colonisation de l’Algérie en 1830. En Afrique subsaharienne, le français sert souvent de lingua franca entre populations de langues différentes.

1990 : rectification orthographique
Le gouvernement propose une simplification de l’orthographe : on peut écrire « diner » à la place de « dîner », « ognon » et non plus « oignon », et « évènement » au lieu d’« événement ». Toutefois, l’orthographe traditionnelle est encore aujourd’hui largement répandue, y compris dans les médias et les livres scolaires.

« Avoir la bouche sucrée », signifie, en Côte d’Ivoire, flatter quelqu’un.


Le français, une langue vivante

Les Français fâchés avec le français
Le niveau de langue des Français diminue depuis 20 ans. Chaque année, ils font de plus en plus de fautes dans les dictées. On a d’abord pensé que le « langage SMS » était responsable. Mais une étude récente a prouvé que les textos n’y étaient pour rien. Les élèves qui n’ont pas de téléphone portable ne font pas moins de fautes que ceux qui en ont. Plusieurs explications sont avancées : programmes scolaires trop chargés, manque d’activités écrites en classe, manque d’incitation à la lecture par les parents et enfin, échec des politiques d’apprentissage de la langue. Certains experts relativisent ces constats en expliquant que les erreurs sont plus visibles car de nos jours, tout le monde écrit. Ce problème n’est pas limité aux jeunes : l’illettrisme, c’est-à-dire la grande difficulté à lire et écrire même après avoir été scolarisé, touche 2,5 millions de Français entre 18 et 65 ans, soit environ 7 % de la population.

Le français face à l’anglais
Certains linguistes déplorent l’utilisation d’anglicismes. Une habitude souvent pratiquée par le monde de l’entreprise. On parle de « planning », de « challenge » alors qu’« emploi du temps » et « défi » existent déjà. Les Français sont même spécialistes des faux anglicismes, ces mots « franglais » qui font sourire les vrais anglophones : le footing, le pressing, le baby-foot… Pourtant, des institutions veillent sur la langue de Molière : le Bureau de la traduction au Québec et l’Académie française en France. Leurs propositions rencontrent rarement du succès dans la langue quotidienne. On dit ainsi « twitter » et « hashtag » au lieu de « gazouiller » et « mot-dièse ».

La bataille de l’écriture inclusive
La langue française est-elle injuste envers les femmes ? C’est ce que pensent les partisans de l’écriture inclusive, qui proposent d’améliorer l’égalité, au moins linguistique, entre les hommes et les femmes. Pour cela, on féminise les noms de métiers quand ils sont occupés par des femmes (« ingénieure », « autrice »…) et on emploie des mots plus neutres (« droits de l’humain » au lieu de « droits de l’homme »). Enfin, quand on parle d’un groupe de personnes des deux sexes, on fait maintenant apparaître le féminin par un « e » entre deux petits points, appelés « points médians » : les « étudiant·e·s » au lieu de « étudiants ».

Le français hors de France
Aujourd’hui, il y a environ 300 millions de francophones dans le monde. C’est 10 % de plus qu’en 2014. Le français est la langue officielle, seule ou avec d’autres langues, dans 32 pays. Ce sont souvent d’anciennes colonies : Madagascar, le Sénégal, la Côte d’Ivoire… La moitié des francophones habitent d’ailleurs en Afrique. Et d’après les estimations, en 2050, du fait du taux de natalité élevé de ce continent, environ 85 % des francophones seront africains. Déjà, en 1988, dans son ouvrageNouveau discours sur l’universalité de la langue française , l’écrivain Thierry de Beaucé expliquait que le français était en train de devenir une langue franco-africaine. Une langue qui contient parfois de jolies expressions, uniquement utilisées en Afrique, comme : « avoir la bouche sucrée », qui s’utilise pour dire de quelqu’un qu’il aime flatter. Certains linguistes s’inquiètent de cette africanisation de la langue. D’autres, au contraire, affirment qu’une langue doit être métissée. Le ministère de la Culture est d’ailleurs en train de créer un dictionnaire numérique collaboratif,Le Dictionnaire des francophones , recensant toutes les expressions francophones.

Les néologismes

« Une langue qui ne connaîtrait aucune forme de néologie serait déjà une langue morte », écrivait en 1971 le linguiste Bernard Quemada. La néologie est la fabrication de nouveaux mots. C’est un phénomène complexe prenant de nombreuses formes. Par exemple, un verbe peut devenir un nom, comme la « gagne » pour dire la « volonté de gagner ». Un nom peut devenir un verbe, comme « criser » pour dire « faire une crise ». On peut ajouter un préfixe comme dans « refaire », « cybercafé », ou un suffixe comme dans « ubérisation », « geekette ». L’abréviation est fréquente : « tuto » pour tutoriel, « bac » pour baccalauréat ou « ciné » pour cinéma – lui-même forme abrégée de « cinématographe ». Certains mots prennent un nouveau sens. Ainsi, « trop » est couramment employé dans le langage familier à la place de « très », comme dans : « J’ai trop faim ! ». On emprunte aussi des mots à d’autres langues, souvent à l’anglais : week-end, blog, casting… quitte à les franciser comme le verbe « spoiler » (issu deto spoil ). Dans son édition 2020, le dictionnaire du Petit Larousse a toutefois proposé un nouveau mot comme équivalent français, « divulgâcher », mot-valise composé de « divulguer » et « gâcher », décrivant le fait de ruiner la surprise d’un film, d’un livre ou d’une série, en racontant les éléments clés de l’histoire.

Mieux décrire la société actuelle
Notre société évolue chaque jour. Il faut donc constamment inventer de nouveaux mots. Un jeune adulte qui n’arrive pas à grandir est appelé un « adulescent ». Même si c’est plus ou moins le sens original du mot « adolescent »… Les changements sociaux ont besoin de mots. La volonté de renouvellement du paysage politique, souhaitée par une grande partie des électeurs français, est appelée le « dégagisme », formé à partir du verbe familier « dégager ».

Les écrivains, créateurs de mots
« L’amour de la langue française conduit souvent les écrivains à lui faire de beaux enfants », pouvait-on lire dans un numéro du magazineLire , consacré aux néologismes. Parmi ces plus « beaux enfants », citons « s’ensuisser », inventé par Marguerite Yourcenar, qui signifie « se laisser gagner par la mélancolie suisse », ou « joconder », imaginé par Henri Troyat et signifiant « sourire avec le même air que Mona Lisa ». Boris Vian est célèbre pour ses néologismes. Certains d’entre eux sont entrés dans le langage courant, comme le mot « tube » désignant « un morceau ou une chanson qui obtient un énorme succès populaire ». Toutefois, certains écrivains sont contre l’idée d’inventer des nouveaux mots. Victor Hugo, par exemple, considérait cela comme un aveu de faiblesse : « la néologie n’est qu’un triste remède pour l’impuissance ».

LE DICTIONNAIRE DES LACUNES DU FRANÇAIS

Le Dictionnaire des mots manquants , sous la direction de Belinda Cannone et Christian Doumet (aux éditions Thierry Marchaisse, 2016), a une particularité : il parle des mots qui manquent, mais il n’en propose aucun ! Les amateurs de néologismes seront déçus. En réalité, l’objectif est plutôt une cartographie des vides de la langue française. Les 44 écrivains qui participent à ce dictionnaire racontent ce moment où ils ont cherché un mot précis, mais ne l’ont pas trouvé. Par exemple, si un enfant qui perd ses parents est un orphelin, comment appelle-t-on des parents qui perdent leur enfant ? Si une personne qui chante est une chanteuse ou un chanteur, pourquoi une personne qui embrasse n’a pas de nom précis ? Et comment définir exactement le bruit des pas quand on marche sur la neige ?

Une « geekette », en argot, désigne une fille passionnée d’ordinateur


Les politiciens, grands inventeurs
Les femmes et hommes politiques passent une grande partie de leur temps à parler. Ils inventent donc parfois des mots. Volontairement ou non. Charles de Gaulle, lors des révoltes de Mai 68, déclarait aux journalistes : « La réforme oui, la chienlit, non. » « Chienlit » désignait autrefois un personnage de carnaval. Dans la bouche de Charles de Gaulle, le mot signifie « chaos » ou « agitation ». Depuis, « chienlit » est utilisé pour parler d’un « grand désordre public ». En 2000, Jacques Chirac se défendait d’accusations en les qualifiant d’« abracadabrantesques ». Cet adjectif, formé à partir d’« abracadabra » – la formule des magiciens – avait été inventé au XIXe siècle par un journaliste, puis repris par Arthur Rimbaud. Nicolas Sarkozy, en 2012, regrettait la « méprisance » qu’il provoquait chez les autres. Ce mot signifiait autrefois l’oubli ou la solitude. Mais dans les paroles de Sarkozy, il associe « mépris » et « médisance », le fait de parler négativement de quelqu’un. Autre néologisme politique : « la bravitude », employé par Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle de 2007. La candidate s’est-elle trompée, voulant en réalité dire « bravoure » ? Quoi qu’il en soit, elle a lancé une mode de néologismes finissant en « -itude », comme par exemple « la tristitude », titre d’une chanson très drôle du chanteur Oldelaf, qui parle de tristesse.

ET SI INTERNET AIDAIT LE FRANÇAIS ?

De nombreux outils gratuits pour améliorer son français sont disponibles sur Internet. Le site de l’Académie française comporte une rubrique utile pour éviter les erreurs courantes.(www.academie-francaise.fr/direne-pas-dire) . Par exemple, on ne dira pas « L’équipe de France joue l’Italie en finale », mais « L’équipe de France rencontre l’Italie en finale ». Et depuis février 2019, l’Académie française a mis en ligne son célèbre dictionnaire(dictionnaire-academie.fr) . Pour améliorer son vocabulaire, le dictionnaire des synonymes du laboratoire Crisco de l’université de Caen(crisco.unicaen.fr/des/synonymes/) est aussi un outil de premier choix.

Issu du mot «charognard», un « charo » est un mot populaire qui désigne un dragueur.


Le parler jeune

« Ah là là, les jeunes parlent tellement mal ! » Voilà une phrase qu’on peut régulièrement entendre de la bouche des adultes. S’ils ont la sensation que les jeunes parlent mal, c’est parce qu’ils ne comprennent pas leur langage ou les expressions propres à leur groupe social. De plus, les adultes ne doivent pas oublier qu’eux-mêmes, lorsqu’ils étaient adolescents, utilisaient des mots et expressions que leurs propres parents ne comprenaient ou n’aimaient pas. Cet argot des moins de 20 ans est souvent appelé le « parler jeune ». On peut préférer la formule « parler de la rue », puisque la rue symbolise un espace public, ouvert, où la langue évolue librement, et parce que certains adultes utilisent aussi cet argot.

Se différencier
L’argot a plusieurs buts. Il permet de se démarquer des adultes. Il a aussi une fonction identitaire : les mots et expressions des jeunes ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre, d’une ville à l’autre, ou même d’un quartier à l’autre. Enfin, les linguistes Jean Pruvost et Jean-François Sablayrolles, dans leur ouvrageLes néologismes (Presses Universitaires de France, 2019), expliquent que créer est finalement un excellent exercice d’apprentissage : « Les adolescents, pour s’affirmer, prennent un plaisir partagé à néologiser, c’est-à-dire à délimiter verbalement leur univers en transgressant la langue normée des adultes. Et au passage, ils s’entraînent sans le savoir à manipuler la langue, pour mieux la maîtriser. »

Des mots qui voyagent
Le « parler de la rue » aime emprunter à d’autres langues. À l’Allemand, par exemple, avec « schnecke », employé pour désigner – vulgairement – le sexe de la femme. L’argot a repris des mots du romani, la langue des Roms, en y ajoutant la terminaison en « er » : « chouraver » (voler), « maraver » (frapper). De nombreux mots arabes sont adoptés : un Klangtoubib (un médecin), « chouffe » ! (Regarde !), le « flouze » (l’argent) ou « miskine » (pauvre). L’anglais est également une grande source d’expressions : un « crush » (un coup de coeur), « chiller » (se relaxer), « se fighter » (se battre). Parfois, certains mots restent mystérieux pour les linguistes. Ils n’arrivent pas, par exemple, à situer l’origine exacte de « boloss » (une personne stupide), ou de « faire crari » (prétendre).

S’amuser avec la langue
Le mode de construction de l’argot est varié. Les jeunes jouent avec les abréviations : un « charo » est un « charognard », c’est-à-dire un garçon qui court après les filles, et « askip » est une recomposition phonétique de la phrase « à ce qu’il paraît ». Le verlan, qui consiste à inverser des syllabes, est une partie importante de l’argot. « Mater » (regarder) a donné « téma », une « peufra » est une « frappe ». Très inventifs, les jeunes créent aussi en associant l’inversion et l’abréviation : la famille (qui désigne, en argot, « les amis les plus proches ») se dit la « mifa » ou même la « mif ».

Les modes changent avec le temps. Certains mots perdurent, comme « daron » (père) qui date du XVIIIe siècle, ou « thune » (argent) qui est utilisé depuis le XVIIe siècle. D’autres connaissent une espérance de vie limitée, comme « senssas » (sensationnel) ou « swag » (style, charisme) qui sont aujourd’hui ringards. Mais ce plaisir de jouer avec les mots reste. Comme le rappelle Aurore Vincenti : « Le parler de la rue a une dimension sonore. C’est une langue orale qu’on emploie et qu’on continue d’employer car on aime la prononcer. Certains mots sont très doux, ou au contraire très durs, mais ils sont agréables à la bouche et à l’oreille. »

Un «zappeur», dans le langage populaire, est celui qui tient la zappette (télécommande) et qui zappe, c’est-à-dire qui change de chaîne devant la télévision.


Un « spoiler » est une personne qui « spoile » une histoire en dévoilant le suspens à son interlocuteur avant qu’il en ait pris connaissance par lui-même.


COMMENT MAÎTRISER LE PARLER DE LA RUE ?

Promenez-vous dans la rue, prenez le métro, fréquentez les cafés du coin et ouvrez vos oreilles ! Si vous écoutez du rap francophone (Roméo Elvis, Nekfeu, Orelsan, PNL, Booba), mais que vous ne comprenez pas toutes les paroles, le site Genius(genius.com) propose des explications. Le livreLes Mots du bitume (Le Robert, 2017) d’Aurore Vincenti donne le sens et l’histoire de ces mots qui ont connu un parcours étonnant et qui font parfois la navette entre les langues. Par exemple : « s’enjailler », qui veut dire « se faire plaisir », en nouchi, un parler de la Côte d’Ivoire, vient de l’anglais « enjoy » – qui vient lui-même du mot français « jouir ». L’argot change très vite. Pour rester à jour, les sites Blazz(www.blazz.fr) et Dictionnaire de la zone(dictionnairedelazone.fr) recensent toutes les nouvelles expressions.

Entretien avec Éliane Viennot

Professeure de littérature et historienne de la langue française, Éliane Viennot est l’auteure du livre Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française (aux éditions iXe, 2014).

Certains linguistes disent le français « malade » de ses anglicismes, abréviations et mots d’argot… Selon vous, dans quel état se trouve notre langue ?
Les anglicismes peuvent être agaçants, et ils illustrent la domination de la langue anglaise, qui n’est qu’une conséquence de l’impérialisme américain. Mais ils ne mettent aucune langue en danger, car ce n’est que du vocabulaire. La structure des langues qui adoptent ces mots n’est pas touchée. D’ailleurs, le plus souvent elles les digèrent. Nous avons adopté « zap », dont nous avons fait un verbe du premier groupe (« zapper »), que nous conjuguons comme les autres, et aussi des noms bien français, comme « zappette », « zappeur », « zappeuse »… Les différents parlers ne sont pas non plus une menace. De fait, les populations qui se font remarquer par un jargon particulier sont bilingues ! Elles savent s’exprimer dans la langue standard. Les abréviations orales sont anciennes. Tout le monde dit « frigo » et « métro » plutôt que « réfrigérateur » et « chemin de fer métropolitain » – la faute aux créateurs de ces expressions, beaucoup trop compliquées ! Quant aux abréviations de l’écrit, elles datent… de l’invention de l’écriture.

Que pensez-vous de l’écriture inclusive ? Pourquoi provoque-t-elle autant de débats dans les médias ?
L’expression désigne deux choses : l’ensemble des procédés grâce auxquels on peut s’exprimer de manière égalitaire, à l’oral comme à l’écrit, et l’abréviation qui permet d’écrire les doublets avec un minimum de place : « les étudiant·es », plutôt que « les étudiantes et les étudiants ». La plupart des gens ne retiennent que le second sens. Leur énervement est dérisoire car il ne s’agit que d’une abréviation, c’est-à-dire une convention graphique facultative. De la même manière, nous écrivons « M. Dupont » parce que c’est plus rapide que « Monsieur Dupont ». Ce débat a été instrumentalisé par l’extrême droite en 2017, qui a prétendu que cette manière d’écrire servait une « entreprise de destruction de la culture française », que les classiques allaient être réécrits de la sorte… Ces propos, au lieu d’être décryptés comme toutes les « infox » – néologisme créé à partir d’information (info) et d’intoxication (intox) qui signifie une information mensongère –, ont été relayés par de grands journaux et par l’Académie française.

Comment le français va-t-il évoluer, dans un futur proche ?
L’État doit redevenir responsable en mettant en oeuvre une grande réforme de l’orthographe et de la grammaire. Il faudrait abandonner les règles d’accord des participes passés avec « avoir » et celle qui veut que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Sinon, l’écart va se creuser entre la langue de la majorité de la population, utilisée sur Internet, et celle des diplômés de troisième cycle, qui risque de devenir une langue morte.


Fotos: Michael Scheufler Illustrationen: Sebastian Schwamm

Styling: Natasha Zander. Model: Anne W. /Most Wanted Models. Haare und Makeup: Caroline K

Foto: Sandrine Roubeix/Opale/leemage