Lesezeit ca. 5 Min.
arrow_back

Un pays sous emprise russe


Logo von Écoute
Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 14/2022 vom 23.11.2022

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Le 31 janvier 2022, le Mali expulsait l’ambassadeur de France. Un évènement inédit dans cette région. Trois semaines plus tard, la junte au pouvoir demandait à l’armée française de quitter définitivement le pays. Ce qu’elle fit le 15 août 2022. Neuf ans après y avoir été accueillie en sauveuse pour combattre les djihadistes au Sahel. La veille, à Bamako, des manifestants scandaient « Barkhane dégage ! », dénonçant une opération vue comme « une mission paternaliste et néocolonialiste ».

L’expulsion de l’armée française est tout un symbole. Celui de la crise profonde qui mine les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne. En 2022, des manifestations contre l’« ingérence française » en Afrique ont éclaté au Tchad, au Niger, au Burkina Faso… Ce « sentiment antifrançais » augmente depuis 20 ans et marque une baisse de l’influence française dans ...

Weiterlesen
epaper-Einzelheft 9,99€
NEWS Jetzt gratis testen
Bereits gekauft?Anmelden & Lesen
Leseprobe: Abdruck mit freundlicher Genehmigung von Écoute. Alle Rechte vorbehalten.
Lesen Sie jetzt diesen Artikel und viele weitere spannende Reportagen, Interviews, Hintergrundberichte, Kommentare und mehr aus über 1050 Magazinen und Zeitungen. Mit der Zeitschriften-Flatrate NEWS von United Kiosk können Sie nicht nur in den aktuellen Ausgaben, sondern auch in Sonderheften und im umfassenden Archiv der Titel stöbern und nach Ihren Themen und Interessensgebieten suchen. Neben der großen Auswahl und dem einfachen Zugriff auf das aktuelle Wissen der Welt profitieren Sie unter anderem von diesen fünf Vorteilen:

  • Schwerpunkt auf deutschsprachige Magazine
  • Papier sparen & Umwelt schonen
  • Nur bei uns: Leselisten (wie Playlists)
  • Zertifizierte Sicherheit
  • Freundlicher Service
Erfahren Sie hier mehr über United Kiosk NEWS.

Mehr aus dieser Ausgabe

Titelbild der Ausgabe 14/2022 von Chevauchées wagnériennes & envolées indochinoises. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
Chevauchées wagnériennes & envolées indochinoises
Titelbild der Ausgabe 14/2022 von L’HOMME QUI ARRÊTE LE DÉSERT. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
L’HOMME QUI ARRÊTE LE DÉSERT
Titelbild der Ausgabe 14/2022 von COMME UN OISEAU. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
COMME UN OISEAU
Titelbild der Ausgabe 14/2022 von MOLIÈRE SUR YOUTUBE. Zeitschriften als Abo oder epaper bei United Kiosk online kaufen.
MOLIÈRE SUR YOUTUBE
Mehr Lesetipps
Blättern im Magazin
LOUIS IX (1214 – 1270)
Vorheriger Artikel
LOUIS IX (1214 – 1270)
COIN LIBRAIRIE
Nächster Artikel
COIN LIBRAIRIE
Mehr Lesetipps

... ses anciennes colonies. Ainsi, la France n’est plus que le troisième partenaire commercial en Afrique subsaharienne, supplantée par la Chine et l’Allemagne.

L’opportunisme de Wagner

Sur le plan politique et militaire, la France perd également du terrain, concurrencée notamment par la Russie via les mercenaires du groupe paramilitaire Wagner (encadré page 36). En République centrafricaine (RCA), pays miné par la guerre civile depuis 2013, les hommes de Wagner ont infiltré le pouvoir. Les premiers soldats sont arrivés début 2018. La France venait d’y achever l’opération Sangaris (2013-2016) sans réussir à éradiquer les groupes rebelles armés.

Profitant de cette instabilité, les mercenaires Wagner sont entrés au service de Bangui, la capitale centrafricaine, via un accord de défense avec Moscou. La Russie enverra au fil des ans jusqu’à 2 000 « instructeurs » pour former une armée nationale inefficace et sous-équipée. Leur mission ? Lutter contre les bandes armées et assurer la protection du président Touadéra. En échange, ils peuvent exploiter librement les mines d’or et de diamant. Et commettre des crimes contre les civils, dénoncés par les Nations unies : tortures, viols, exécutions sommaires.

Propagande antifrançaise

Outre le terrain militaire, la Russie se bat aussi sur un autre front : celui de la propagande. « Des réunions secrètes, pour préparer des manifestations, sont organisées à la présidence, où siègent le groupe Wagner et les plus hautes autorités centrafricaines », explique un ancien membre du parti au pouvoir, aujourd’hui en exil.

Leur cible ? Principalement la France, ancienne puissance coloniale. Pour mener ces manifestations, la Russie se sert d’organisations de la société civile comme Galaxie nationale. En mai 2022, son leader, Didacien Kossimatchi, cadre du parti au pouvoir, appelait les Centrafricains à « envahir l’ambassade de France à Bangui », menaçant les militaires français de « sévices » s’ils s’aventuraient dans les rues de la capitale.

À PROPOS…

Barkhane est le nom d’une opération militaire (2014-2022) menée par la France pour combattre des groupes terroristes au Sahel.

LE SAVIEZ-VOUS ?

La France dispose de quatre bases militaires permanentes en Afrique comptant près de 3 000 soldats : à Djibouti, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon.

QUI EST LE GROUPE WAGNER ?

Depuis 2014, cette société militaire privée sans existence légale défend agressivement les intérêts extérieurs de la Russie en Syrie, en Libye ou au Sahel. Le mode opératoire est toujours le même : la société Wagner signe un contrat avec le gouvernement d’un État déstabilisé. Wagner assure alors sa protection, sécurise l’accès aux matières premières. Pour renforcer son offensive, le groupe manipule l’opinion. « Ils fonctionnent selon trois piliers : se battre, s’enrichir, désinformer », résume la journaliste Ksenia Bolchakova, auteure d’un documentaire saisissant sur le groupe paramilitaire.

Cette propagande utilise aussi les médias locaux, qui relaient toujours la même idée : l’Occident est le pilleur des ressources de l’Afrique. Et la Russie est un partenaire désintéressé, capable de résoudre les problèmes du pays. Pour répéter ce message, la station de radio Lengo Songo reçoit du matériel et de l’argent. D’autres médias, en revanche, agissent sous la menace. « Ils viennent te voir avec un article traduit du russe et 10 000 francs CFA », détaille un journaliste. « Si tu refuses de le publier tel quel, tu es considéré comme un ennemi, et c’est là que les problèmes commencent. »

Pour véhiculer une image de « libérateurs », Wagner a aussi recours au cinéma. Le 14 mai 2021, les habitants de Bangui assistaient à l’avant-première de Touriste, un film d’action tourné en République centrafricaine. On y voit de valeureux « instructeurs » étrangers venus aider le gouvernement à chasser les rebelles. Le message est clair : les Centrafricains doivent être reconnaissants envers la Russie. Celle-ci peut alors tout obtenir de ce « pays ami », y compris au niveau diplomatique. Ainsi, la RCA et le Mali, où Wagner a remplacé l’armée française, se sont bien gardés de condamner l’invasion de l’Ukraine sur la scène internationale.

Guerre de l’information

Pour un haut gradé français, la situation est claire : Moscou mène en Afrique francophone « une stratégie d’éviction de la France ». Cette stratégie réussira-t-elle ? L’influence russe s’installera-t-elle dans la durée ? Selon le chercheur Paul-Simon Handy, la République centrafricaine ne peut pas se permettre de tourner le dos à la France : « La RCA sait bien que la Russie ne peut l’accompagner que dans des campagnes militaires. Elle n’apporte pas d’aide financière, à l’inverse de la France ou de l’Europe. »

Pour l’auteur Frédéric Lejeal, on assiste au contraire à un bouleversement géopolitique : « Et cela ne concerne pas seulement la République centrafricaine. C’est toute l’Afrique francophone que la France est en train de perdre. Dans cette région, son poids diplomatique, économique et militaire ne cesse de diminuer. Si elle veut y maintenir son influence, elle doit d’abord répondre à la guerre informationnelle que lui livre la Russie. » Sur ce plan, la France a du retard à rattraper, comme le disait en octobre 2021 Florence Parly, alors ministre des Armées : « Face à des compétiteurs de plus en plus désinhibés, notre pays ne peut pas se permettre de perdre la guerre des perceptions. »

DÉSINFORMATION : QUAND WAGNER ACCUSE L’ARMÉE FRANÇAISE

Le soir du 20 avril 2022, un individu, qui se fait passer pour un soldat malien, écrit sur Twitter que les soldats de l’opération Barkhane auraient laissé derrière eux un charnier en quittant la base de Gossi, dans le nord du Mali. Le lendemain matin, le même compte Twitter publie une vidéo montrant des cadavres enfouis dans le sable avec pour commentaire : « C’est ce que les Français ont laissé derrière eux quand ils ont quitté la base de Gossi ». Alertée à temps, l’armée française avait envoyé sur place un drone, qui a filmé toute la scène. On voit des individus blancs, des mercenaires Wagner, en train d’enterrer des corps, pendant que d’autres sont en train de filmer. Les images sont diffusées et la manipulation du groupe Wagner avérée. Un flagrant délit de désinformation.

Changement de ton

Mais la bataille de l’information n’est pas tout. Certes, la France garde des liens forts avec ses anciennes colonies, à commencer par leur langue commune, le français. D’ailleurs, les Africains de l’Ouest s’informent encore en majorité avec les médias francophones.

Mais pour libérer tout le potentiel de cette relation, selon Frédéric Lejeal, la France doit changer de ton : « Face à une jeunesse africaine hyper connectée et très critique, la France doit cesser ses discours paternalistes et s’adresser d’égal à égal aux Africains. » Elle doit aussi rompre avec son militarisme : « la visibilité de l’armée française est trop forte en Afrique. Cela irrite les sociétés africaines. Les troupes françaises doivent être plus discrètes. »

En juillet 2022, lors d’une tournée en Afrique, Emmanuel Macron affirmait vouloir réorganiser la présence militaire en Afrique pour la rendre moins « exposée ». Le début d’un changement ? Curieuse coïncidence : au même moment, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, était lui aussi en tournée africaine. Les deux hommes cherchaient à consolider leurs sphères d’influence respectives.