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VOYAGE: Périple de part et d’autre des: PYRÉNÉES: MOYEN


Écoute - epaper ⋅ Ausgabe 4/2018 vom 28.03.2018

Gipfel, die über den Wolken liegen, tiefe Täler, spektakuläre Felskessel – die Pyrenäen haben einiges zu bieten. Obwohl sie naturbelassener sind als die Alpen, ist die Gebirgskette noch vielen unbekannt.


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Monastère de San Juan de la Peña, dans les Pyrénées espagnoles


Chaque année, des centaines des milliers de pèlerins se rendent à Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées.


Fotos: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif (2)

Quand on demande à un Français de parler des Pyrénées, il est souvent embarrassé. Il connaît bien les Alpes, il y est allé des dizaines de fois. Mais les Pyrénées… il connaît beaucoup moins. ...

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... Évidemment, il y a le cirque de Gavarnie et le pic du Midi, qui est si beau à ce qu’on raconte. Mais le reste? Mystère! Il est donc temps de partir à la découverte du deuxième plus grand massif montagneux de France. Le département des Hautes-Pyrénées, qui concentre quelques-uns des sites pyrénéens les plus remarquables, organise des circuits à destination des touristes. Aidés de leurs conseils, nous avons imaginé un parcours en voiture au départ de Lourdes, que l’on rejoint facilement en avion.

Lourdes et la vallée du Marcadau

Nul besoin d’être croyant pour aller à Lourdes, cette petite ville sanctuaire qui accueille chaque année des millions de visiteurs. En 1858, une jeune fille, Bernadette Soubirous, raconte que la Vierge lui est apparue plusieurs fois dans une grotte près de la rivière. Rapidement, les pèlerins affluent vers cet endroit. Au fil des ans, des églises et des basiliques sont bâties. Aujourd’hui, plus d’un siècle et demi plus tard, les nombreux pèlerins viennent toujours s’y recueillir. On accourt du monde entier pour caresser le rocher de la Grotte, brûler un cierge, prier le soir lors de la procession aux flambeaux dans le sanctuaire. Lourdes est une tour de Babel où l’on parle tamoul, espagnol, philippin, italien… Les groupes de scouts y croisent des religieuses venues de Pologne et des pèlerins de Bolivie. Pour les accueillir, la petite cité d’environ 14 500 habitants compte 142 hôtels. Lourdes est ainsi la deuxième ville hôtelière de France après Paris. Et même si l’on n’y vit pas l’expérience mystique de sa vie, ce célèbre lieu de pèlerinage est à visiter au moins une fois.

À 40 kilomètres de là, nous voici dans la vallée du Marcadau, au coeur des Pyrénées. Autrefois, les bergers français et espagnols se rencontraient sur un pont de pierre, toujours existant: le pont d’Espagne. C’est aujourd’hui un lieu de randonnée. Il franchit un gave (un cours d’eau en gascon) qui bondit entre les rochers, tombe en cascade, et se répand sur des dalles rocheuses… La balade commence bien. Après une petite ascension parmi les pins à crochets, on rejoint le lac de Gaube. Impossible de ne pas s’émerveiller en découvrant cette eau turquoise enchâssée dans la montagne comme une pierre précieuse. Le Vignemale, plus haut massif des Pyrénées françaises, se reflète souvent dans le lac. On pique-nique sur ses berges comme dans un jardin d’Eden. Pensez à vous préparer un sandwich au jambon noir de Bigorre (encadré p. 22) et à la tomme des Pyrénées, le fromage de montagne élaboré depuis le Moyen Âge dans la partie centrale du massif. Des fourmis dans les jambes? Alors, marchons direction le glacier des Oulettes, à une heure trente d’ici. Les plus courageux peuvent y passer la nuit en refuge et continuer vers l’Espagne le lendemain matin.

Le Viscos, dans le village de Saint-Savin, est l’une des tables les plus renommées des Hautes-Pyrénées.


Lourdes compte de nombreuses processions religieuses.


PYRÉNÉES CÔTÉ PRATIQUE

Le comité départemental du tourisme des Hautes-Pyrénées propose six itinéraires en voiture (de 3 à 7 jours) pour découvrir les merveilles des Pyrénées des deux côtés de la frontière (Grand canyon d’Ordesa, pic du Midi, cirque de Gavarnie, etc.). Des formules clés en main bien pratiques: itinéraires tracés, hôtels et activités réservés, location de voiture… Toutes ces formules sont personnalisables: elles peuvent être modifiées et adaptées en fonction de vos envies, de votre budget et de votre rythme.www.pyreneestrip.com

Le cirque de Gavarnie


Pour ceux qui veulent se délasser après la marche, rien de tel qu’une pause aux Bains du Rocher, élégant centre de balnéothérapie à Cauterets. Cette station thermale a conservé ses allures de bonbonnière avec ses hôtels bourgeois, son casino et ses villas de tous les styles. Au XIXe siècle, la bonne société venait goûter aux eaux sulfurées sodiques et alcalines. Les écrivains George Sand (1804-1876), François de Chateaubriand (1768-1848) et Victor Hugo (1802-1885) entre autres, fréquentèrent la station, sans oublier les membres de la famille Bonaparte. À l’époque, les médecins donnaient une sucrerie après la cure pour atténuer le goût soufré de l’eau. C’est à cette période-là qu’a été créé le berlingot, célèbre bonbon à base de sirop de fruits confits, devenu la grande spécialité de Cauterets. Les gourmands ne devront pas non plus manquer la tourte aux myrtilles de chez Gillou. On trouve cette pâtisserie au marché qui se tient sous la halle métallique, au bord du gave. L’occasion de flâner ensuite le long des rues bordées d’immeubles au style Belle Époque.

Gavarnie, le cirque grandiose

À trente minutes de là, Luz-Saint-Sauveur (dites simplement « Luz ») nous accueille en pays Toy. Cette terre de bergers s’est fait une réputation de territoire farouche attaché à ses traditions et pas du genre à se laisser impressionner. Un dicton local dit d’ailleurs: « Un Toy ne craint que Dieu, le tonnerre et l’avalanche ». On raconte ainsi qu’au Moyen Âge, le comte de Bigorre ne se risquait pas en pays Toy sans s’être fait livrer au préalable une cinquantaine d’otages locaux, qu’il enfermait dans sa forteresse de Lourdes le temps de son voyage… Mais revenons à Luz. On y mange très bien. À commencer par la viande de Barèges-Gavarnie, la seule brebis à viande AOC de France. Les amateurs y décèlent des notes de serpolet et de réglisse. Logique puisque les troupeaux de brebis estivent chaque année: à la belle saison, ils sont conduits dans les hauts pâturages où se trouve la meilleure herbe, grasse et fleurie. À la Saint-Michel, le dernier week-end de septembre, les brebis redescendent des estives par milliers. C’est l’occasion d’une grande fête populaire: la foire aux côtelettes de Luz. Démonstrations de tonte de moutons, dressage de chiens de berger, course cycliste, course d’ânes, match de rugby, bal populaire… On ne s’ennuie pas, et on y goûte de délicieuses grillades dans une ambiance très conviviale.


Selon un dicton local «Un Toy ne craint que Dieu, le tonnerre et l’avalanche. »


La ville de Luz est également réputée pour sa station thermale, la préférée de l’Impératrice Eugénie qui lança véritablement la vogue des stations thermales dans les Pyrénées. Son époux, Napoléon III, fit tracer une route jusqu’à Luz. À 20 kilomètres plus au sud, celle-ci s’arrête en cul-de-sac. Mais quel cul-desac: Gavarnie! Au bout du village, un sentier conduit à ce cirque montagneux, sans doute le site le plus spectaculaire des Pyrénées. Imaginez une muraille en demi-cercle de 1 500 mètres de haut et 5 kilomètres de long, gardée par une série de sommets de plus de 3 000 mètres, d’où coulent de vertigineuses cascades. La plus haute mesure 423 mètres: record d’Europe battu! Le spectacle laisse bouche bée.

La ligne de crête marque la frontière avec l’Espagne, car le cirque de Gavarnie est adossé aux grands canyons du Haut-Aragon espagnol. Certes, on y est rarement seul en été, mais le spectacle est si grandiose qu’il mérite bien d’être partagé. Pour plus d’intimité, on peut explorer deux autres cirques presque aussi impressionnants: Troumouse, également entouré de sommets à plus de 3 000 mètres, et Estaubé, amphithéâtre naturel plus petit mais plus sauvage. Localisés sur le versant nord du massif du mont Perdu, les trois cirques figurent au patrimoine mondial de l’Unesco. Leur formation remonte au début de l’ère tertiaire, lorsque les dépôts sédimentaires accumulés sous la mer chaude ont été relevés par les mouvements tectoniques. L’eau a été chassée, les sédiments se sont solidifiés en roches sous l’effet de la déshydratation, et Gavarnie s’est dressée en une muraille: les Pyrénées étaient nées…

LA CONQUÊTE DES PYRÉNÉES

Les Pyrénées ne sont connues que depuis peu. Au début de notre ère, le géographe grec Strabon les croyait orientées du sud au nord. Surnommés les « monts affreux », ses hauts sommets sont longtemps restés inviolés. Au XVIIe siècle, les premiers savants explorent la montagne avec plus de soin. Ils recherchent du bois de marine ou des gisements miniers pour le roi. Mais c’est au XVIIIe et surtout au XIXe siècle que la conquête des sommets commence véritablement. Le thermalisme et le goût romantique pour les contrées sauvages poussent une foule de curieux dans ces montagnes.
On ne parle pas d’alpinistes, mais de « pyrénéistes ». Le plus célèbre est sans doute le géologue et botaniste Louis Ramond de Carbonnières, pionnier du genre. Il gravit le pic du Midi (2 877 m) en 1787, puis le mont Perdu (3 355 m) en 1802. D’autres aventuriers suivront, comme Anne Lister, riche aventurière britannique, qui réalisa la première ascension officielle du mythique Vignemale (3 298 m) en 1838. Ou encore le comte Henry Russell, globe-trotteur qui multiplia les ascensions à partir de 1858. Cet original se fit même creuser des grottes au sommet du Vignemale. Il y recevait ses invités sur des tapis d’Orient.
N’oublions pas l’étonnant tandem formé par le général Nansouty et l’ingénieur Vaussenat. Ces deux hommes de caractère, qui ne s’aimaient guère, sont à l’origine de l’Observatoire du pic du Midi. On imagine leur cohabitation houleuse lorsqu’ils se retrouvaient en tête à tête, coincés par la tempête durant de longues semaines…

Ci-contre: Église peinte, à Saint-Barthélemy-de-Mont. Ci-dessus: Le Grand Canyon d’Ordesa, côté espagnol.


Fotos: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif (2)

LE NOIR DE BIGORRE

Ce cochon originaire des Pyrénées centrales fait le meilleur jambon de France. Dans les concours, il tient même la dragée haute aux meilleurspata negra espagnols. Pourtant, en 1981, la race allait presque s’éteindre. Race rustique, le porc noir de Bigorre était jugé trop gras et inadapté aux conditions de l’élevage intensif. Alors que la durée de vie d’un porc d’élevage est de six mois, celle du noir de Bigorre est d’un an, dont six mois passés dans les prés et les chênaies. La mobilisation des éleveurs et de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) permettra de sauver la race. Séchée à l’air libre puis affinée, sa viande rouge vif fait de savoureux jambons. En 2017, le « Jambon Noir de Bigorre » et le « Porc Noir de Bigorre » ont obtenu l’Appellation d’origine protégée (AOP). À Beaucens, dans les Hautes-Pyrénées, l’artisan charcutier Pierre Sajous propose de délicieuses salaisons de porc noir de Bigorre. Mention spéciale pour le jambon sec affiné 20 mois au minimum!

On médite sur ces considérations géologiques tout en admirant la perfection du décor: les parois verticales, les cascades et le torrent écumeux qui partage le fond de vallée en deux.

Le pic sous les étoiles

Les 19 kilomètres qui séparent Luz-Saint-Sauveur du col du Tourmalet sont une formalité en voiture. À vélo, c’est autre chose. Les coureurs du Tour de France le savent bien. L’épreuve cycliste passe régulièrement « au Tourmalet », col mythique perché à 2 115 mètres d’altitude. Eddy Merckx (en 1969), Lucien Van Impe (en 1971), Richard Virenque (en 1994 et en 1995) et enfin Thibaut Pinot (en 2016) l’ont franchi en tête. Avis aux as du vélo: les pâturages traversés sont charmants, mais le dernier kilomètre présente 10 % de déclivité.

Au-dessus du col se dresse, telle une sentinelle solitaire, le célèbre pic du Midi. Avec des passages de 350 mètres de vide sous les pieds, le spectacle depuis la cabine de téléphérique qui mène au sommet nous en met plein la vue. Mais ce n’est qu’un début. Niché à 2 877 mètres, l’observatoire du pic du Midi offre un panorama à couper le souffle, sur plus de 300 kilomètres de sommets. Lorsque le temps est couvert dans la vallée, au pic du Midi, le soleil brille souvent au-dessus d’une mer de nuages… Au coucher du soleil, tout devient rose, orangé puis rouge: inoubliable.

Le belvédère n’est pas comme les autres puisqu’il a été conçu dès son origine comme une plateforme d’observation astronomique. La pureté de l’air et la forte stabilité de l’atmosphère offrent des conditions idéales pour scruter le ciel nocturne. Le site est d’ailleurs classé Réserve internationale de ciel étoilé. Les 750 m² de terrasses aménagées abritent des coupoles d’où les scientifiques observent la voûte céleste. Le pic du Midi est ouvert au public en journée et en soirée depuis 2000, mais depuis 2006, il est également possible d’y passer la nuit. Seulement 27 personnes par nuit ont la chance de profiter de cette expérience unique. Après un bon dîner en altitude, on assiste à une séance d’astronomie au planétarium, le plus élevé d’Europe. Puis on sort en plein air pour observer les constellations, les cratères lunaires et les astres lointains. Les passionnés peuvent rester en compagnie de l’animateur jusqu’au bout de la nuit. Les chambres offrent une vue magique… Et le lendemain matin, on assiste au lever du soleil sur la chaîne montagneuse, dans un silence parfait. Bientôt, la télécabine amène les premiers visiteurs de la journée. Le pic du Midi retrouve son activité diurne. On redescend alors dans la vallée, la tête pleine d’étoiles…

Dormir sous les étoiles, à l’observatoire du pic du Midi (2 877 m), une expérience inoubliable!


Fotos: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif (2)

Terres préservées

À présent, faisons un tour à la réserve naturelle du Néouvielle, que l’on rejoint par Saint-Lary-Soulan. Les glaciers ont modelé un paysage sublime composé de prairies, de tourbières, de forêts et de lacs. Des crêtes de granit surveillent ce paradis connu seulement des randonneurs. Les marcheurs les plus acharnés grimpent jusqu’aux lacs d’Orédon, de l’Oule, d’Aubert, d’Aumar. Combien y a-t-il de lacs en tout? Soixante-dix? Quatre-vingt? Personne ne le sait exactement, mais peu importe. L’essentiel est d’admirer leur couleur qui va du vert jade au bleu acier. Çà et là, des gentianes de Koch et des massifs de rhododendrons ajoutent leur touche bleue et rose au tableau. La réserve se visite uniquement en été, de juin à septembre, période à laquelle elle est libérée des neiges hivernales.

Après l’effort, le réconfort: cap sur la vallée du Louron pour se ressourcer. Cette vallée, labellisée « Pays d’art et d’histoire » depuis janvier 2008, est l’une des plus préservées des Pyrénées. Son isolement lui a permis d’échapper aux ravages perpétrés durant les guerres de Religion et sous la Révolution, et de sauver des peintures monumentales du XVIe siècle. Le tourisme y est encore très discret, et c’est tant mieux. Le lac de Génos-Loudenvielle invite d’abord à une pause au centre Balnéa. Été comme hiver, on se baigne dans des sources chaudes et bienfaisantes, les yeux rivés sur les sommets alentour. Idéal avant de reprendre la marche. La vallée invite à la balade facile, au bord des lacs ou à travers les pâturages d’été. De jolis villages égrènent leurs chapelles romanes. Notre coup de coeur va à celle de Mont, village de pierre et d’ardoise qui domine la vallée et les monts sauvages. L’intérieur de l’église Saint-Barthélemy a conservé son retable baroque et ses fresques murales du XVIe siècle, réalisées à une époque où la région connaissait une certaine prospérité. On s’échangeait alors du cuir et de la laine de part et d’autre de la montagne. Car l’Espagne est toute proche, derrière les sommets qui ferment la vallée. Et si on franchissait la frontière?

Dans la vallée d’Aure, la réserve naturelle du Néouvielle regroupe 70 lacs.


Les Pyrénées à l’heure espagnole

Sitôt de l’autre côté du tunnel de Bielsa, on bascule dans un autre monde. Le décor change totalement: les Pyrénées françaises vertes font place à une montagne rocailleuse et plus aride. Les cigales font entendre leur chant. On respire l’odeur des pins. Le ciel devient bleu et le mercure gagne plusieurs degrés. Les Pyrénées espagnoles, c’est déjà un peu la Méditerranée. Le bourg d’Aínsa-Sobrarbe compte parmi les plus beaux villages du pays. Le soir, sur la plaza Mayor, on se régale de tapas et de vino tinto. La balade du lendemain nous emmène au canyon d’Añisclo. Un torrent bleu glacier coule avec furie au fond des gorges encaissées. Mais la merveille de ces Pyrénées méridionales est à deux heures de route de là. Le grand canyon d’Ordesa est un peu le pendant du cirque de Gavarnie, sur le versant sud du massif du Mont Perdu. Le rio Arazas ne peut s’échapper de cette vertigineuse muraille, tapissée de genêts très épineux qui forment des taches jaunes sur les falaises. La rivière coule en une série de cascades depuis le cirque de Soaso, qui ferme le canyon. On profite de ce spectacle panoramique depuis les fajas, miradors que l’on rejoint à pied ou en 4x4. On aperçoit une entaille dans la montagne: il s’agit de la brèche de Roland dont l’origine est devenue une légende (encadré ci-contre). Notre balade pyrénéenne s’achève plus à l’est par le monastère San Juan de la Peña. Perché à 1 200 mètres d’altitude, ce monastère fondé en 920 est incrusté dans la montagne. Un énorme rocher lui sert de toit, et son magnifique cloître semble sur le point d’être écrasé par la falaise. Ce drôle d’édifice en partie troglodyte est aujourd’hui un lieu de passage incontournable pour les pèlerins de Saint-Jacquesde-Compostelle.

À l’heure de rentrer, une question se pose: où les Pyrénées sont-elles les plus belles, côté français ou côté espagnol? Difficile de trancher. Le mieux est finalement d’y retourner…

ROLAND, HERCULE DES MONTAGNES

Située à 2 804 mètres d’altitude, la brèche de Roland marque la frontière entre la France et l’Espagne. Large de 40 mètres, haute de 100, elle semble avoir été façonnée par un géant. Pourtant, la légende raconte qu’on la doit au neveu de Charlemagne, Roland… Nous sommes au printemps 778. Roland s’est couvert de gloire en Espagne pendant l’expédition de sept ans que Charlemagne y a mené contre les Sarrasins. Roland commande l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne au moment où celle-ci, revenant d’Espagne, traverse les Pyrénées. Lorsque les soldats veulent franchir le col de Roncevaux, une horde de Sarrasins arrive soudain par derrière. Les hommes de Roland se battent bravement, mais ils sont bloqués par la falaise. Roland, blessé, se sent mourir. Dans un geste héroïque, il brandit alors son épée Durandal et frappe la falaise par trois fois. La lame, sans même s’ébrécher, entaille la montagne, créant la fameuse brèche. Certains racontent qu’il aurait voulu créer une ouverture pour permettre à ses hommes de fuir; d’autres, qu’il espérait briser son épée pour éviter qu’elle ne tombe aux mains de l’ennemi. Le vaillant chevalier lance alors son arme au loin, avec une force herculéenne. Elle ira se planter dans un roc, à plusieurs centaines de kilomètres. On peut encore la voir aujourd’hui, fichée dans un rocher de Rocamadour, dans le Lot. Il enfourche ensuite son cheval qui bondit jusqu’à Gavarnie, à 9 kilomètres de là. Le tremblement des sabots qui retombent sur le sol forment alors le « chaos de Gavarnie ». Ce grand amas de pierres est en fait dû à un séisme survenu en l’an 580. La brèche de Roland trouve aussi probablement ses origines dans ce phénomène.


Fotos: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif, Alain Guilhot/Divergence

Foto: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif

Fotos: Eric Martin/Le Figaro Magazine/laif, Jean-Marc Barrere/hemis.fr/laif